Band 
Tome premier.
Seite
288
JPEG-Download
 

288

POÉSIES.

VERS»

FAITS A LA CATARACTE DC RHIN, l'RES DE SCHAFFHOUSE ,LE 20 JITLLET I7«K.

Assis avec respect près du roc menaçantQui du milieu du Rhin lève sa tête altière,

Mon avide regard sur l’abîme descendEt plonge dans les flots d’une humide poussière.

Là, le fleuve en tombant revêt d’autres couleurs ;

Son bleuâtre cristal se change en mousse blanche,

Et l’oeil n’aperçoit plus de son urne qu’il pencheSortir des flots ; ce sont de mouvantes vapeurs.

A travers des écueils précipitant son onde ,

Ebranlant la campagne en sa chute profonde ,

Il blanchit le rocher qui s’oppose à son cours ,

Franchit l’obstacle , écume , et s’avance toujours.

Le tumulte des eaux qui tourmentent la plage ,

Le bruit majestueux de l’onde qui frémit,

L’écho du mont voisin qui répond et gémit,

Tout rappelle à mçs sens une sinistre image.

Je pense retrouver en ces terribles lieux ,

Ce lugubre manoir où le chantre d’Enéc(28)

Décrivant des enfers les antres ténébreux ,

Nous montre par .Minos une âme condamnée ,

Qui dans l’espace errante , aux airs abandonnée ,Triste jouet des flots et des vents orageux,

Balancée à leur gré sous une voûte obscure,

Monte , descend , s’agite et par degrés s’épure ,

Pour obtenir bientôt un destin plus heureux....

Mais que fais-je , insensé? Mon orgueilleux délire ,Pour avoir admiré , penserait-il décrire?

Le peintre ou le poète en vain par son pinceauPrétendrait asservir la nature au génie :

L’Eternel dessina ce sublime tableau,

Et nul être mortel n’en fera la copie.