100
COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
en ont, auront essayé de leur en faire accroire sur leursmérites ; vainement ils se targuent eux-mêmes d’une so-lidité à toute épreuve et se donnent pour des géants.A celui-ci on dit qu’il est un colosse aux pieds d’argile ;à celui-là qui se rehausse, qu’il n’est qu’un pygmée,, eton leur mesure le crédit en conséquence. Ce n’est pastoujours de tous les tribunaux le plus patriotique, leplus amoureux de là gloire et de la dignité nationale. Jepourrais, en effet, vous citer l’exemple des fonds fran-çais cotés en hausse après le désastre de Waterloo;mais c’est de tous celui sur lequel les gouvernementsont le moins de prise et qui échappe le plus sûrementà leur ascendant. Un des traits les moins connus del’histoire de l’Empire, c’est que Napoléon, qui ne pou-vait se faire à l’idée qu’un gouvernement fût jugé par lepublic, rechercha les moyens de rendre la cote des fondsfrançais indépendante de la spéculation, et conçut ledessein d’interdire à la Bourse la baisse de la rente fran-çaise (1). La toute-puissance de cet homme, devant le-quel s’inclinaient tous les souverains du continent,échoua devant la Bourse plus complètement encore quedevant les frimas du Nord. Bannie de la tribune, de lapresse, la liberté se réfugia à la Bourse, et y fut, qui au-rait pu le croire? inexpugnable. Les fonds français, parla modestie de leur cote, disaient à l’Empereur que songouvernement n’était point encore fondé sur le roc, etla protestation subsistait sous cette forme contre lesadulations des courtisans qui proclamaient que la mai-son Bonaparte allait être la plus ancienne des maisonsrégnantes de l’Europe.
Cette puissance de la souveraineté populaire s’exer-çant par le crédit public est tellement grande, Messieurs,
(i) Mémoires d'un ministre du trésor public, par M. Mollien, t. I, p. 251.