ONZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 229
conditions faut-il remplir pour que cette satisfaction soitpossible, soit assurée ? De là, trois questions distinctesqui se tiennent, et que j’essaierai aujourd’hui de discuterrapidement avec vous, savoir : 1° la légitimité du désirdont il s’agit; 2° la possibilité d’y satisfaire; 3° l’indica-tion des conditions supérieures en dehors desquelles cene serait qu’un vœu chimérique.
Premièremeht : Jusqu’à quel point le désir du bien-être, dont la société européenne est maintenant possédée,est-il légitime ? Qu’en doivent penser non-seulementl’économiste , mais l’homme religieux, le moraliste ,l’homme d’Etat ?
L’homme ne peut impunément oublier que ses vœuxdoivent être bornés ; que c’est non-seulement une loide la sagesse, mais une nécessité de la nature de tousles êtres qui sont limités dans leurs facultés et dansleur puissance. Il n’y a que Dieu qui n’ait pas debornes, et c’est en ce sens qu’un sublime orateur s’é-criait devant une réunion de personnes qui s’appelaientles grands : « Dieu seul est grand, mes frères ! » Lesindividus ou les peuples qui conçoivent des désirs sanslimites, tombent alors dans l’adoration de soi, et cetteorgueilleuse hallucination les conduit de faute en faute,de calamité en calamité. C’est un arrêt écrit à chaquepage dans l’histoire, et confirmé chaque jour par de nom-breux exemples à tous les échelons de la société. Oren soi le désir du bien-être est-il au delà ou en deçà desbornes qui séparent ce qui est permis à l’homme de cequi lui est défendu? Ce désir est-il interdit à une classequelconque de la société ?
De nos jours, pourvu qu’il se manifeste sous certainesconditions et dans une certaine mesure, le désir du bien-être est honnête, est d’accord avec ce qu’il y a de plusrelevé dans notre nature. Le signe distinctif de l’homme,.