292 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
hommes entre eux sur la donnée de l’Evangile. Par celamême elle était condamnée à périr. Les liens sociauxdérivés du paganisme ne pouvaient plus subsister, et lasociété ne savait ou ne voulait pas se consolider au moyend’un ciment nouveau; elle tomba donc nécessairementen dissolution. La main des barbares, s’appesantissantsur un édifice vermoulu, le réduisit aisément en pous-sière. Cette main grossière fut l’occasion de l’écroule-ment, elle n’en fut pas la cause.
De nos jours, si la société moderne de l’Europe netrouvait pas en elle-même l’esprit d’équité et l’énergiequ’il faut pour faire participer, dans une mesure de plusen plus étendue, la seconde couche de ce qu’on nommaitjadis le tiers état, aux bienfaits de la civilisation, ellesubirait, je ne sais sous quelle forme, une destinée sem-blable à celle de l’empire romain. Mais, grâces à Dieu,il est à croire qu’un autre avenir lui est réservé. D’im-menses efforts ont été faits depuis 1789 en faveur duprogrès tel que je le définissais tout à l’heure. Les forcesvives de la société, les pouvoirs publics, l’opinion, éclai-rés et convaincus par les événements, ne manquerontpas d’exercer de plus en plus leur action dans le sens duprogrès. Tout nous porte à l’espérer, et le chemin qui aété fait depuis soixante ans semble garantir que nousfournirons heureusement le reste de la carrière.