LA MONNAIE. SECTION I, CHAPITRE V. 19
de la valeur. L’argent et l’or avaient eu une valeur recon-nue parmi les hommes ; ce fut pour cela qu’on eut l’idéede s’en servir pour les payements. Circonstance curieuse,un des premiers à signaler la méprise de Locke, fut le fa-meux Law, qui devait, à l’occasion du numéraire même,entraîner la France dans un abîme. On a remarqué juste-ment que les raisons par lesquelles il condamnait cetteopinion incidente de Locke étaient la condamnationabsolue de son propre système.
Il n’est pas douteux que la recherche qu’on a faite del’or et de l’argent pour la monnaie, ayant donné Heu àune très-grande demande, a pu et dû contribuer à enélever le cours sur le marché en comparaison des autresmarchandises, et à le soutenir plus ou moins longtempsaprès qu’il s’était élevé. Il se sera passé là ce qui a lieupour toute marchandise, quand un nouvel usage y estassigné; elle enchérit d’autant plus que cet usage nou-veau est plus étendu, car la valeur des choses est régléeà chaque instant par le rapport de la demande à l’offre.Mais le surhaussement ne se maintient qu'autant que làproduction n’a pu encore se mettre au niveau des besoinsnouveaux. Or, il est dans la nature des choses que l’exci-tation causée par l’enchérissement d’un article de com-merce en détermine une production plus forte, à la faveurde laquelle se rétablit un certain équilibre. Le nombredes marchandises, pour lesquelles est impossible ce sur-croît de production, est fort limité, et l’or et l’argent n’ensont pas.
2° En comparaison de presque toutes les productionsdu travail humain, l’or et l’argent sont d’un transporttrès-facile. Il suffit, en effet, à Paris ou à Londres, de 80à 100 grammes d’argent pour représenter un hectolitrede blé qui pèse 75,000 à 80,000 grammes, ou un hectoli-tre de vin commun qui, avec le fût où il est enfermé, en