Buch 
La monnaie / par Michel Chevalier
Entstehung
Seite
153
JPEG-Download
 

153

LA MONNAIE. SECTION V, CHAPITRE V.

s’en éloignait chaque jour davantage ; mais la livre n’enétait pas moins une certaine quantité d’argent. Dans lesvariations infinies qu’éprouvèrent la composition et le nomdes pièces d’or, c’était constamment à la livre qu’on lesrapportait, comme aujourd’hui nous rapportons toutes leslongueurs au mètre. Il ne faut rien de plus pour qu’ilreste établi que l’argent conservait le rôle d’étalon.

Sans doute on ne retrouve pas ici tous les attributscompris dans la définition de l’étalon qui nous a paru laplus complète. L’histoire de la monarchie française neprésente pas d’unité monétaire composée d’une quantitéfixe d’un métal déterminé. Par le caprice ou plutôt lacupidité du souverain, la quantité varie au contraire derègne à règne, et quelquefois d’une année à l’autre, d’unesemaine à la suivante. Mais le métal qui compose l’unitémonétaire est bien effectivement déterminé une fois pourtoutes. C’est l’argent, ce n’est point l’or.

Le même fait ressort avec plus de netteté et d’éclat de1 histoire des monnaies anglaises, parce que là les phéno-mènes sont moins obscurcis par les fraudes de princesfaux monnayeurs (1). Le point de départ est l’organisationdu système monétaire par Guillaume le Conquérant. Luiaussi, ce fondateur, adopte pour unité monétaire la livrepesant d’argent, conformément aux poids en usage dans lepays. La livre se divise en vingt schellings, comme celledes Français en vingt sous, la subdivision du schellingest de même en douze deniers (pence), et la monnaie qu’onfrappe est le denier ou penny. Lorsque la monnaie d’orest venue, quelques siècles après, s’ajouter à la monnaied’argent, c’est toujours à celle-ci que celle-là se rapporte,soit par l’autorité impérative de la loi, soit par la libre

(*) M. Macleod a donné un excellent résumé de l'histoire des monnaiesanglaises dans son volume intitulé : The éléments ofPolitical Economy,chapitre vi.