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ÉTUDES SCR LES RÉFORMATEURS.
s’entache d’une exagération flagrante. Ainsi la voix desécrivains résonne dans le vide et n’a plus d’échos.
Ce résultat est heureux; il prouve qu’en dehors de la vé-rité il peut y avoir un succès, mais pas d’ascendant, pasd’empire sur les esprits. Les auteurs des grandes époquesne défraient pas seulement une rapide lecture; ils sont desconseils, des amis; on les consulte souvent, on les cite, onles honore. Y a-t-il rien de pareil aujourd’hui, et où sontles livres qui durent? Ces romans nouveaux que la vogueadopte s’éteignent dans le bruit qu’ils l'ont et ne laissent au-cune trace ; ces théories qui prétendent au gouvernementdu monde s’éclipsent pour faire place à d’autres chimères.De tout cela il ne reste rien , si ce n’est le sentiment d’unoubli éternel et irrévocable. Rien ne se soutient ici-bas, netraverse les siècles que protégé par l’estime. Or, on peutlire de pareils écrits; on ne saurait les estimer. Deux qua-lités pourraient seules sauver les auteurs de l’abandon, et ilsne les ont pas : l’une est le sentiment de l'art qu’ils sacri-fient à la spéculation littéraire ; l’autre est la sincérité desconvictions, évidemment compromise par les démentis qu’ilsse donnent.
L’influence de ces écrivains est donc en pleine décadence:leur plume expie une longue suite d'excès. Tandis que leslivres se plaisaient à calomnier la société, celle-ci prenait leparti de se gouverner elle-même et de ne relever que de sapropre initiative. Aux reproches d’abaissement, elle opposaitde grands sentiments instinctifs et des vertus pratiques. Envain le socialisme l’a-t-il violentée, injuriée; elle n’a pascédé aux violences, elle a souri aux injures; elle avait laconscience de sa force et celle de la faiblesse de ses ennemis.Pour les réduire au silence, il eût fallu peu d’efforts ; ellen’a pas daigné prendre cette peine ; elle était trop haut, eux