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ÉTUDES SUE LES BÊFOÜMATËUES.
vous serrer la main sans violer les règles de la vie sédentaire([lie je me suis imposée. »
Ces lignes peignent Bentham tout entier. Il était parvenuà faire de son esprit et de son corps quelque chose de seimblable à une machine accomplissant chaque jour une cer-taine quantité de travail intellectuel et soutenant cette tâchejusqu’à l’heure de l’épuisement. Le résultat de ce systèmese trouve non-seulement dans les neuf volumes compactesdont se compose la nouvelle édition de ses œuvres et dansla volumineuse correspondance qui remplit ses mémoires,mais encore dans une masse inédite de manuscrits qui VOiltêtre, à ce qu’il semble, déposés au Musée Britannique , oùils seront consultés avec fruit par les penseurs et les hom-mes politiques.
. La vie d’un reclus qui cherche ainsi des prétextes pouréloigner le contact du monde ne semble pas, au premierabord, devoir offrir un grand intérêt; mais la solitude deBentham ne ressemblait pas aux autres solitudes : elle sepeuplait, elle s’animait. Au point do vue de l’action , ilcomptait pour peu de chose dans une société dont il s’iso-lait volontairement ; mais comme impulsion, comme initia-tive, il ne demeurait étranger à rien de ce qui se faisait audehors. Son influence fut décisive en plus d’une mesure etsur plus d’un événement : du cabinet du philosophe sortirentbien des idées qui eurent une grande fortune et remuèrentdes empires. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coupd’œil sur la correspondance de Bentham et de s’assurerquels furent les hommes avec lesquels il entretint unéchange suivi de lettres. Bans les premières années du pu-bliciste, on voit figurer Mansfield, Camden et Wilkcs ; danslalderitière période de sa vie, on rencontre Wellington,(AConneU et Burdett; le bill de réforme et Brougham sur le