DE CONDORCET.
XCV
manda en mariage. Notre confrère avait 43 ans,et des revenus assez médiocres ; mais telleétait la vivacité de sa passion, qu’il ne sti-pula rien par écrit avec ses futurs parents surla dot de sa femme; qu’il n’y eut qu’un con-trat verbal.
Nous voilà bien loin du caractère calcula-teur , glacial qu’on a prêté à Gondorcet. Eh !c’est que ce caractère supposé, dont j’aurail’occasion de parler plus d’une fois, avaitété modelé sur celui de divers académicienspour qui notre confrère professait une amitié ,une admiration sans limites, et avec lesquels onsupposa à tort qu’il sympathisait de toute ma-nière, et sur tous les sujets.
Dans ce temps-là, sauf de rares exceptions,les savants, les mathématiciens, surtout, étaientregardés dans le monde comme des êtres d’unenature à part. On aurait voulu leur interdirele concert, le bal, le spectacle, comme à des ec-clésiastiques. Un géomètre qui se mariait sem-blait enfreindre un principe de droit. Le cé-libat paraissait la condition obligée de quiconques’adonnait aux sublimes théories de l’analyse.Le tort était-il tout entier du côté du public?