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Tome premier.
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ENTRE VOLTAIRE ET CONDORCET. Io5

L’affaire de Panckoucke (i) est cent fois plus pres-sante et sera cent fois plus affreuse. Je prends mesmesures pour n’êlre point obligé de m’en mêler ;mais je suis indigné contre Panckoucke et sa sœur (2),qui ne me font point de réponse ; il m’en faut une ,et très-positive, et très-détaillée. Il faut que Panckouckerenvoie à Genève les poisons qu’il y a achetés. S’il engarde un seul dans sa boutique, il sera infaillible-ment empoisonné, comme Locuste le fut dans sonlaboratoire. Cela va faire un vacarme abominable.Cramer estheureux ; il a gagné quatre cent mille francsavec mon seul nom, tandis que les gredins de la lit-térature pensent que j’ai vendu mes ouvrages à Cra-mer. Ce Génevois dans Genève, fruitur diis iratis (3).Mais je ne veux pas être la victime de son bonheur.Je ne veux l’être de personne, et il n’y a point d’ex-trémité où je ne me porte, plutôt que de souffrir qu’onvende sous mon nom des infamies auxquelles je n’ainulle part, et dont tous les auteurs sont connus. Jesaurai quitter la ville que j’ai bâtie et les jardins quej’ai plantés. Je saurai mourir ailleurs; mais que Panc-koucke ne me regarde pas comme un homme qu’onpuisse offenser impunément.

Je vous ouvre mon cœur, mon illustre ami; ilest navré de douleur.

Je viens de lire un mémoire à consulter sur Vexis-tence actuelle des six corps, et la conservation de

( 1 ) Voyez ci-dessus, lettres 49 , 5i, 52.

( 2 ) Madame Suard.

(3) Juvenal, parlant de Marins : Exul ab octava Marins bibitet fruitur diis iratis [1, 49).