CORRESPONDANCE
I 24
Pour vous, je vous crois enfoncé dans la géomé-trie; je vous le pardonne, si vous faites dans lesmathématiques des découvertes nouvelles, commeont fait sir Isaac et le capitaine Halley; mais n’ou-bliez pas, je vous en prie, notre académie. Il fautque vous nous fassiez l’honneur d’en être à la pre-mière occasion : nous avons besoin d’un homme telque vous. Alors je dirai nunc dimittis ..... Pourquoifaut-il que je sois si éloigné de vous? que je ne puissevous parler, et surtout vous entendre? Vous rani-mez ma vieillesse un moment par votre lettre, maisje retombe bientôt après dans mon anéantissement.Où est le temps où vous rallumiez mon feu avecM. D’Alembert? Où est le temps encore plus éloignéoù notre Caton (1) daigna passer quelques jours auxDéliceç dans la chambre des fleurs? Je suis de tousles côtés livré aux regrets, et malheureusement jesuis sans espérance; c’est le pire de tous les états.C’est même le signal que nous donne la nature poursortir de ce monde; car quel motif nous y peut re-tenir quand l’illusion de cette espérance est perdue?
Conservez-moi du moins la consolation réelle devotre amitié, j’en ai besoin. J’ai vu dans l’espacede plus de quatre-vingts ans bien des choses affreu-ses, et je crains d’en voir encore si ma vie se pro-longe.
Pétrarque disait. : Povera e nuda vai filosofia. Âi-je pu trouver un asile dans mes déserts sur la finde mes jours ? Je n’en sais rien.
( 1 ) Turgot.