•ENTRE VOLTAIRE ET CONDORCET. l63
que M. Bitaubé m’a apporté. Vous pouvez l’envoyerpar la poste à M. Turgot. C’est le plus beau sujet deprix qu’aucune académie ait proposé.
Les petits enfants de madame la duchesse d’En-ville partiront vers la fin de février pour Genève;quoique très-fâchés de quitter la maison paternelle,l’espérance de vous voir les a presque consolés. Jevous écrirai par eux sur quelques objets que je neme soucie de communiquer ni à la canaille quiouvre les lettres à la poste, ni à celle qui s’est op-posée à l’abolissement de cette violation de toutesles lois de l’équité et de la décence. Si les méchantsvoulaient bien s’abstenir seulement des infamies quine leur sont bonnes à rien, le genre humain seraitdélivré de la moitié de ses maux. Adieu, mon cheret illustre maître, vous connaissez mon respect etma tendre amitié.
Je viens d’apprendre par M. d’Argental ( i ) que vousvoulez que Nicéphore ne soit pas trop odieux; il meparaît que vous ne pouvez guère disculper Alexisqu’en faisant de INicéphore un tyran, et un tyran quia formé le projet de faire périr sa femme, projetdont l’arrivée d’Alexis puisse seule empêcher l’exécu-tion. Le respect d’Irène pour son mari coupable en
(i) Voltaire écrivait à d’Argental, le 14 janvier 1778 :
« Vous sentez combien il est difficile de nuancer tellement les« choses, qu’Alexis soit intéressant en étant pourtant un peu« coupable, et que Nicéphore ne fût point odieux, afin qu’ils« servent l’un et l’autre à augmenter la pitié que l’on doit avoir« pour Irène. » C’est évidemment à ce passage que se rapportecelui de Condorcet.