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Tome premier.
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219
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ENTRE TURGOT ET CONDORCET.

2 ) ()

36 . A TURGOT.

Ce 4 décembre 1773.

Monsieur, vous jugez le livre de ïEsprit (i) avecune sévérité qui me fait, peur ; je prétends contre vousque c’est un bon livre: i° parce qu’il nous donnele portrait naïf de l’âme d’Helvétius dessous les replisde son amour-propre, de l’occupation continuelleoù il était de se comparer avec les autres, et de tâ-cher de se trouver supérieur : or il vaut mieux avoirle portrait par l’homme même et sans qu’il ait voulule faire, que d’après les observations d’un moraliste.2 0 Ce portrait est celui d’une foule à'honnêtes gens,comme dit madame de Beauveau, dont Helvétius a ditle secret. 3° Il y a beaucoup de gens que la nature oul’éducation ont destinés à être fripons, et qui ne de-viendront honnêtes gens qu’à la manière et par lesprincipes d’Helvétius. 4° H aura beau dire, il 11 e m’em-pêcliera pas d’aimer mes amis; il ne me condamnerapas à l’ennui mortel de penser sans cesse à mon mé-rite ou à ma gloire. 11 ne me fera pas croire que, sije résous des problèmes, c’est dans l’espérance queles belles dames me rechercheront ; car je n’ai pasvu jusqu’ici qu’elles raffolassent des géomètres. Ainsi,il ne me fera aucun mal, ni à moi ni aux autresbonnes gens. 5° Il prêche avec beaucoup de forcecontre l’intolérance de tous les clergés. Sa plus grandefaute me paraît d’avoir déclamé contre le despotisme

(1) Cette lettre, où Turgot jugeait ie livre d’Helvétius, nes’est point retrouvée.