260 CORRESPONDANCE
1er au roi de M. de La Harpe. Si le roi approuve cevœu des gens de lettres, il me paraît tout simple deles laisser faire; mais s’il ne l’approuvait pas, alorsvous rendriez vraiment service à l’Académie en en-trant dans les vues de M. de Saint-Lambert. i° L’Aca-démie a envie d’élire M. de La Harpe> et, ne le pou-vant pas, il est plus honnête pour elle d’être toujoursà portée de donner à M. de La Harpe la premièreplace d’homme de lettres; elle n’a plus l’air d’êtrecontredite dans son vœu, et elle n’est plus forcée àchoisir celui qu’elle ne croit point le plus digne.2 0 L’Académie ferait un choix qui lui ferait hon-neur, qui augmenterait sa considération, au lieuque le choix de M. Colardeau, qui fait bien des vers,mais qui n’a d’autre existence morale que celle d’amide mademoiselleVet'rière(i), et d’être un bon enfant,ne fortifierait pas beaucoup l’Académie. On n’élirapas M. de Chabanon , qui, dit-on , n’a pas de talent,mais qui est du moins un homme. Il ne peut êtrequestion , par différentes raisons, de M. de Guibertni de l’abbé Raynal. Les autres choix seraient ridi-cules. Mettez-moi, je vous prie, en état de répondreà M. de Saint-Lambert le plus tôt possible.
On dit, dans le monde, que l’édit des banalitésn’est pas de cette fois-ci. J’avoue que, si cela estvrai, je n’en serais peut-être point fâché, quoiquej’abhorre ce genre de vexation. Vous n’auriez fait
(i) Courtisane du grand ton, maîtresse du maréchal de Saxe,célèbre par son luxe et son goût pour les gens de lettres. Mar-montel eut avec elle une intrigue qu’il raconte dans le I er vol. deses Mémoires d'un père , pour servir à Vinstruction de ses enfants.