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Tome premier.
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3üO CORRESPONDANCE GENERALE.

prend de lui parler d’une douleur qu’elle partage (i).Honoré de la confiance intime de cet homme illus-tre, je sais, Sire, quelle était pour lui l’estime, et,j’ose dire, l’amitié de Votre Majesté. Cette expressionsemble autorisée en quelque sorte par l’égalité aveclaquelle Votre Majesté a toujours traité les hommesd’un génie supérieur, parce qu’elle n’a pu se dissi-muler sans doute qu’eux seuls étaient véritablementdignes d’être vos égaux.

M. D’Alembert, qui avait paru craindre les souf-frances et les infirmités de la vieillesse, a vu venirla mort avec un courage tranquille et sans faste.Dans ses derniers jours, il s’amusait à se faire lire lesénigmes du Mercure, et les devinait. Il a corrigé lasurveille de sa mort une feuille de la nouvelle éditionqu’il préparait de sa traduction de Tacite. Il s’occu-pait, avec autant de sang-froid que de bonté, desmoyens d’assurer après sa mort des récompenses àses domestiques, des secours à ceux que sa bienfai-sance faisait subsister. C’est dans cette vue qu’il a bienvoulu me choisir pour son héritier, et me donner cettedernière marque de son amitié et de sa confiance.

Il n’a voulu paver aucun tribut, même extérieur,aux préjugés de son pays, ni rendre hommage enmourant à ce qu’il avait fait toute sa vie professionde mépriser.

J’affligerai peut-être Votre Majesté, ou plutôt j’ex-citerai son indignation, en l’instruisant de ce qui asuivi la mort d’un homme, l’honneur de sa patrie.

(i) D’Àlembert était mort de la pierre le 29 octobre 1783,âgé de soixante-six ans.