CORRESPONDANCE GÉNÉRALE. 3^9
de gloire il était jaloux, de quelle espèce d’ambitionil pouvait être susceptible, il m’est impossible desacrifier mon opinion à celle de gens qui, pendantque nous discutions les moyens d’arriver à la li-berté, passaient leur vie à solliciter des places. J’es-time beaucoup tous ceux qui, avant la révolution,ont, comme M. de La Mettrie, prouvé qu’ils aimaientla liberté ; quant à ceux dont la passion date de l’an-née passée, qui soutenaient, il y a un an, les opinionsqu’ils reprochent aujourd’hui comme des crimes,j’avoue qu’il m’est impossible de ne pas m’en défier,de ne pas voir en eux des gens destinés à être tou-jours du parti qui leur offre le plus d’avantage. J’a-voue encore que je ne puis estimer ceux des amisde la liberté qui, liés avec les planteurs, ou plan-teurs eux-mêmes, votent pour la conservation dela traite, et font refuser la parole aux gens qui dé-fendent la cause de l’humanité; non plus que ceuxqui veulent que les assemblées primaires soient per-manentes à Paris, et ne le soient pas dans le restede l’empire. Je me défie encore plus de ceux qui seplaisent dans le trouble, qui applaudissent aux vio-lences, qui cherchent à multiplier le nombre desmécontents par des rigueurs plus nuisibles qu’u-tiles. Les hommes qui ont des lumières et des ta-lents n’ont pas besoin de tous ces moyens pourêtre quelque chose; ceux qui ont de l’humanité,de véritables vertus, ne voudraient pas les em-ployer.
Voilà ma profession de foi. Est-ce là ce que vousappelez être un vrai jacobin ?