364 OBSERVATIONS DE CONDORCET
Les deux exemples cités sont mal choisis. La sim-plicité des formes n’est pas contraire à la sûreté,soit de la personne, soit des biens, pour le main-tien de laquelle les formes sont établies. Montes-quieu semble le croire ; mais il ne le prouve nullepart; et les injustices causées par les formes compli-quées rendent l’opinion contraire au moins vrai-semblable.
Le second exemple est ridicule. Qu’importe à lascience de composer les lois que Cécilius ou Aulu-Gelle aient dit une sottise ?
Par esprit de modération, Montesquieu n’enten-drait-il pas cet esprit d’incertitude qui altère parcent petits motifs particuliers les principes invaria-bles de la justice? (Voyez le chapitre 18.)
Chapitre III. Que les lois qui paraissent s’éloigner des vues dulégislateur y sont souvent conformes,
Le premier devoir d’un législateur est d’être justeet raisonnable. Il est injuste de punir un hommepour n’avoir pas pris un parti, puisqu’il peut ouignorer quel est le parti le plus juste, ou les croiretous deux coupables. Il est contre la raison de pro-noncer la peine d’infamie par une loi : l’opinionseule peut décerner cette peine. Si la loi est d’ac-cord avec l’opinion, la loi est inutile; et elle devientridicule, si elle est contraire à l’opinion.
Montesquieu ne se trompe-t-il pas sur l’intentionde Solon ? Il semble qu’elle était plutôt d’obliger legros delà nation à prendre parti dans les querelles