366 OBSERVATIONS DE CONDORCET
ce serment qui était aussi imprudent que barbare.Une loi qui ordonnerait de détruire une ville, parceque ses habitants en ont détruit une autre , peutêtre très-injuste; mais elle ne serait pas plus con-traire aux vues du législateur que la loi qui décernela peine de mort contre les assassins, dans la vued’empêcher les meurtres.
Il existe près de nous tant de lois importantes, quicontrarient les vues pour lesquelles le législateur lesa établies, qu’il est bien étrange que l’auteur de l’Es-prit des lois ait été choisir ces deux exemples.
Cette observation se présente souvent, et l’on peuten donner la raison. (Voyez chap. 16.)
Chapitre VI. Que les lois qui paraissent les mêmes, n’ont pas tou-jours le même effet.
La loi de César était injuste et absurde. Quelleétait donc la tyrannie de cet homme si clément, s’ils’était arrogé le droit de fouiller les maisons des ci-toyens , d’enlever leur argent, etc., et, s’il n’em-ployait pas ces moyens, à quoi servait sa loi? D’ail-leurs elle devait augmenter la masse des dettes; etelle n’aurait pu être utile aux débiteurs qu’en dimi-nuant l’intérêt, de l’argent. Or la liberté du com-merce est le seul moyen de produire cet effet. Touteautre loi n’est, propre qu’à faire hausser l’intérêt au-dessus du taux naturel.
La loi de César n’était vraisemblablement qu’unbrigandage , et celle de Law était de plus une extra-vagance. (Voir Dion Cassius , liv. 4 > •)