SUR LE XXIX e LIVRE DE l’eSPRIT DES LOIS. 3^3
De ce qu’un médecin, qui ne réussit pas dans letraitement d’un malade qui lui a donné sa confiancelibrement, n’appartient à aucun corps, il ne s’ensuitpas qu’on doive le punir; et qu’au contraire il nemérite aucune punition , lorsque, ayant un privilègeexclusif de me traiter, il m’a empêché, en vertu deson privilège , de m’adresser à un autre qui m’auraitguéri.
Est-ce qu’en France les chirurgiens et les apothi-caires ne sont pas interdits ou condamnés à desdommages, lorsqu’ils se rendent coupables d’impé-ritie? Si on ne punit pas les médecins, c’est qu’ilserait très-rare de pouvoir les convaincre d’avoir eutort; au lieu que la preuve contre les chirurgiens etles apothicaires est souvent très-facile (i).
Chapitre XV. Qu’il est bon quelquefois qu’une loi se corrigeelle-même.
Tout homme qui tue un autre homme est coupa-ble d’homicide, sinon d’assassinat, à moins qu’il nel’ait tué à son corps défendant , pour sauver sa vieou celle d’un autre; et, pour être regardé commeinnocent, il faut que cette excuse soit au moinsprobable.
La loi des Douze Tables était mauvaise. D’ailleurs
(l) Ajoutons: Qu’est-ce qu’un médecin d’une condition plusbasse qu’un autre médecin? Et cette condition plus basse est-elleune bonne raison de condamner ce médecin à la mort, pour lamême faute pour laquelle le médecin d’une condition un peu re-levée n’est condamné qu’à la déportation? Tout cela fait frémirle bon sens.