A L’ACADEMIE FRAWÇAISE. 443
et tantôt commencent par les hommes instruits, des-cendent d’eux au vulgaire, et gouvernent le peuplelongtemps après que ceux cjui exercent leur raisonont su les rejeter.
Soixante-dix éloges d’académiciens, différents parleur génie, par leur état, par le genre de leurs pro-ductions, ont occupé pendant quelques années lesloisirs de M. D’Alembert; et, dans ces ouvrages, va-riant son style avec ses sujets, toujours ingénieux,toujours clair, il montre partout une raison supé-rieure, une philosophie vraie et élevée, dont il a sou-vent l’art d’adoucir les traits pour la rendre plususuelle, plus utile au grand nombre.
Ce goût exclusif pour ce qui est utile et vrai étaitun des traits caractéristiques de son génie, et do-mine dans ses éloges comme dans ses autres ouvra-ges. M. D’Alembert rejetait avec dégoût tout ce qui,dans les sciences , n’était pas appuyé sur les faits ousur le calcul. Un système brillant, une théorie in-certaine, quelque profonde qu’elle fût, n’étaient à sesyeux que des bagatelles sérieuses, indignes d’occuperdes hommes. Dans la philosophie il dédaignait toutesces opinions spéculatives où l’esprit trouve sans cesseà creuser plus avant dans un terrain toujours sté-rile ; il haïssait la subtilité, et parce qu’elle nouségare, et parce qu’elle consume en de vains travauxnotre temps et nos forces ; il ne craignait point detrop rétrécir le champ où l’esprit humain peut s’exer-cer, parce qu’il savait qu’il reste assez de véritésutiles à découvrir pour occuper les hommes de tousles âges.