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Tome premier.
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A LACADÉMIE FRANÇAISE. 445

mémoire; et, par un sentiment d’amitié qui fermaitses yeux sur tout autre intérêt, il daignait se féliciterque le sort m’eût confié cet emploi douloureux. Iloubliait ses maux, et sortait de son abattement pours’intéresser à ces expériences qui ont ouvert un nou-vel élément à l’activité des hommes. 11 versa quelqueslarmes sur la perte de l’illustre Euler, en voyant avectranquillité qu’il allait suivre bientôt le seul de sesrivaux que la postérité, plus impartiale et plus éclai-rée que les contemporains, osera peut-être placer àcôté de lui. Mais je sens, Monsieur, que je m’arrêtetrop longtemps sur ces détails si cruels et si chers.Accoutumés tous deux à regarder son amitié commeune partie de notre bonheur, liés par le sentimentqui nous unissait à lui, et maintenant par celui d’unedouleur commune, nous pourrions, dans un entre-tien solitaire, adoucir nos peines par le plaisir denous en occuper sans partage; mais les pleurs del’amitié doivent couler dans le silence, tandis quel’Europe retentit des regrets des savants qui ontperdu celui qu’ils regardaient comme leur maître etleur modèle; que les nations étrangères se plaignentde ne plus entendre cette voix dont les sages leçonsleur ont été si utiles; et que le tombeau du Newtonde notre siècle est honoré par les larmes du hérosquia égalé Gustave-Adolphe par l’éclat de ses vic-toires et l’a surpassé par son génie.