WSCOURS DE M. DE CONDORCET. 447
milieu d’une longue suite de siècles condamnés àl’erreur et à la misère. Périclès vivait encore quandles Athéniens chassèrent de leur ville Anaxagore,convaincu d’avoir osé dire le premier que le soleilétait un globe de feu, et qu’une intelligence avaitprésidé à la formation du monde. Bientôt après, do-ciles à la voix d’un vil farceur, ils condamnèrentSocrate à la mort. Chez les Romains, à peine un em-pereur vertueux a-t-il fermé les yeux, qu’un indignesuccesseur, s’empressant d’étouffer les dernières lueursde la raison , livre l’empire à la tyrannie de l’igno-rance et de la superstition.
C’est qu’alors les lumières étaient le partage dequelques hommes privilégiés, choisis dans un seulpeuple. Aujourd’hui elles ont pénétré dans toutesles classes de la société; elles se sont répandueschez toutes les nations. Chaque peuple exposé à lacensure de tous les autres, et contenu par l’opinioncommune de l’Europe, ne peut plus ni se livrer àces excès honteux, ni éteindre un flambeau que sesvoisins auraient bientôt rallumé. Nous ne reverronsplus ces jours où Gerbert, Roger Bacon étaient re-gardés comme des magiciens , parce qu’ils avaiententrevu quelques demi-vérités; où Galilée, couvertde gloire et d’années , condamné à une prison per-pétuelle, était contraint d’abjurer les vérités qu’ilavait découvertes; où l’indigence obligeait Kepler àfaire des horoscopes ; où Descartes , achetant par unexil volontaire le droit d’instruire les hommes, trou-vait encore des Voëtius même dans le pays de laliberté; où le spectacle des maux causés par l’into-