ÉLOGE DE M. DE JUSSIEU. 26!
M. de Jussieu ne retira de la familiarité de sonsouverain aucun avantage, que le plaisir toujourspiquant, même pour un philosophe, d’avoir vu deprès un homme de qui dépend le sort de vingt mil-lions d’hommes : il ne demanda rien, et on ne luidonna rien, pas même le remboursement des dé-penses que ses fréquents voyages lui avaient causées.Cependant le roi ne l’avait pas oublié; il cessa, aubout de quelques années, de le mandera Trianon,où sa présence n’était plus utile; mais il parlait sou-vent de M. de Jussieu avec intérêt : un tel hommedevait en effet laisser des traces profondes, surtoutdans l’esprit d’un roi, condamné à ne voir presquejamais que des courtisans.
T/arrangement du jardin de Trianon pouvait être,pour M. de Jussieu, un moyen de développer sesidées sur la botanique; mais à cette époque il n’enétait pas encore assez content. M. Jânnæus avait pu-blié un catalogue de genres de plantes divisés enordres naturels, et M. de Jussieu adopta cette dis-tribution. Il plaça seulement les classes de M. Lin-næus dans un ordre différent, et fit quelques chan-gements dans la distribution des genres ou dansle nombre des classes, d’après des vues qu’il avaitalors ; mais le mérite de ces changements était perdupour tout autre que pour des botanistes capablesd’en pénétrer les raisons. Cependant, à mesure queM. de Jussieu examinait ces ordres de plantes, et ytrouvait de nouvelles corrections à faire, il s’éloi-gnait insensiblement de ce qu’il avait paru vouloiradopter d’abord, et la méthode naturelle de 1VI. Un-