ELOGE DK M. DE JUSSIEU. 267
nerie, devenue si commune de nos jours, est le fruitde l’espèce de goût, d’ailleurs si utile, que le publicsemble marquer pour les sciences, et peut-êtreaussi de la facilité de tromper des hommes quiveulent en parler sans les étudier. Elle excitait lerire ou la pitié de M. de Jussieu, et il ne la croyaitpas bien dangereuse : les esprits qui s’y livrent ouqui en sont la dupe auraient été, selon lui, de peude ressource pour les sciences; et les injustices quecette charlatanerie entraîne dans la distribution dela fortune ou de la renommée, ne lui paraissaientpas mériter l’indignation d’un vrai philosophe.
Pendant plus de cinquante ans qu’il a vécu parminous, nous l’avons vu assidu à nos assemblées; oc-cupant toujours la place que les règlements luiavaient marquée, ne parlant jamais que lorsqu’onlui demandait son avis; le disant avec précision eten peu de paroles ; toujours sage, juste et modérési 011 le consultait sur les affaires de la compagnie;toujours clair, lumineux et profond s’il prononçaitsur un point de science. Naissait-il une discussionsur une question d’histoire naturelle, quelquelongue, quelque vive quelle pût être, il gardait lesilence; mais si au milieu de la dispute une voixs’élevait pour proposer de demander l’avis de M. deJussieu, alors tous se taisaient : il disait un mot, etla dispute était terminée.
M. de Jussieu avait fait deux voyages eu Angle-terre ; il espérait y trouver des richesses en histoirenaturelle qui nous manquaient : l'Angleterre devaitavoir acquis en ce genre quelques avantages sur la