ELOGE DE M. DE JUSSIEU.
35y
plus grande aux fatigues qui les lui avaient causées;il n’avait qu’une seule crainte, et ne voyait qu’undanger, celui de quitter un pays sans l’avoir ob-servé.
A la vérité, l’amour des sciences n’était pas la seulepassion qui l’animât; on voit, par ses lettres, quel’idée du plaisir qu’il préparait à ses frères par cha-cun de ses envois, eut suffi pour lui faire tout ris-quer et tout supporter.
Les astronomes virent, avec quelque surprise, quele botaniste qu’on leur avait associé était en mêmetemps un mathématicien éclairé, capable de con-courir avec eux aux opérations astronomiques.M. Bouguer a dit, après son retour, qu’aucun de sescoopérateurs ne lui avait été, plus utile que M. deJussieu. M. Bouguer allait même plus loin; mais ilavait eu à combattre , dans ses confrères, quelquesprétentions très-excusables sans doute, si on songequ’il était bien naturel d’être jaloux d’une gloire quiavait tant coûté; et il n’avait trouvé dans M. de Jus-sieu que de la docilité et du zèle.
Pendant le temps employé aux travaux astrono-miques, M. de Jussieu observa les différentes espècesd’arbres qui donnent le quinquina, les caractèresbotaniques qui distinguent chaque espèce, le de-gré de vertu de chacune, les arbres dont on mêlefrauduleusement l’écorce avec celle du quinquina;il apprit aux habitants mêmes du pays à employercette écorce avec méthode, à en reconnaître les dif-férentes espèces, à en tirer la matière extractive : lui-même prépara une quantité considérable d’extrait