ÉLOGE DE M. DE MAUKEPAS. 4q5
conserva que ce qui s’accordait avec son caractère.Il avait appris, sous la régence, combien ceux quigouvernent peuvent gagner de temps et s’épargnerde tracasseries ou d’importunités, en ne mettant,aux petites choses, que le prix qu’elles ont. Il avaitvu, dans plus d’une occasion, qu’un des moyensles plus sûrs de terminer facilement les affaires quine sont importantes que dans l’opinion, est de mon-trer, par la manière de les traiter, qu’on a su lesréduire à leur juste valeur. Il avait pris, sous lecardinal de Fleury, l’habitude de la modération etde la modestie, sans rien perdre de ce ton gai etfacile qu’il avait vu, dans sa première jeunesse, rem-placer la dignité des ministres de Louis XIV. Sonextérieur, ses discours n’annonçaient qu’un hommede bonne compagnie, doux et aimable; sa maisonétait celle d’un particulier riche , mais ami de la sim-plicité et de l’ordre.
On lui a reproché d’avoir eu peu d’amis. Placé,à quatorze ans, dans le tourbillon de la cour et desaffaires, comment aurait-il pu avoir le bonheur deconnaître ces attachements profonds qui se nour-rissent par le silence, par la conformité des goûts,des opinions, des sentiments? On n’a d’amis, dansle ministère, que ceux qu’on avait avant d’y entrer;et M. le comte de Maurepas avait presque toujoursété ministre. Mais du moins a-t-il souvent trouvéune reconnaissance vive, constante; et il la méri-tait , puisqu’il savait obliger sans faste et sans ja-mais faire éprouver, soit avant, soit après ses ser-vices, ce despotisme des bienfaiteurs, qui fait plus