51 1 KT.OGE DE M. THONCHIN.
mémoire : on apprit alors combien il avait été bien-faisant; une foule de pauvres entourèrent son cer-cueil. Il avait regardé son état comme un ministèred’humanité ; toutes les espèces de souffrances luiparaissaient avoir des droits à ses secours; il don-nait avec zèle, à ceux qui éprouvaient le doublemalheur de la maladie et de la misère, des soins dontsa célébrité eût pu le rendre avare, et il versait dansleur sein ce que la reconnaissance du riche lui pro-diguait souvent malgré lui. Econome dans sa mai-son et prodigue en bienfaisance seulement, il n’alaissé qu’une fortune médiocre, tandis que sa pra-tique et son crédit eussent pu lui en procurer uneimmense. Mais il s’était fait une grande famille detous les infortunés qui avaient eu besoin de lui, etil ne les abandonnait plus quand une fois il leuravait été utile.
On aime à rapprocher un homme célèbre de ceuxdont il a été le contemporain et le compatriote.M. Tronchin était l’ami de ceux de ses concitoyensqui, dans ce siècle, ont fait honneur à leur patrie,de M. Bonnet, de M. Tremblai, de M. Rousseau,qui avait si bien secondé, par son éloquence, lessages conseils que le médecin avait donnés aux en-fants et aux mères, et que M. Tronchin eut la dou-leur d’avoir pour ennemi, après avoir eu le bon-heur de le servir. M. de Voltaire était allèle consulterà Genève; et ce fut par son avis que ce grand hommechoisit ce beau pays pour asile. C’était un serviceque M. Tronchin rendait à sa patrie ; si toutefoisles troubles qui l’ont agitée de nos jours, comme il