538
t
ÉLOGE DE M. D AN VILLE.
sement de ses organes, et il succomba sous le poidsde l’âge et des infirmités le 28 janvier 1782.
M. d’Anville eut toutes les bonnes qualités quedoit avoir un homme laborieux, dont le pins grandplaisir est l’étude; la science qu’il cultive, la passiondominante; et la gloire d’y exceller, la seule ambi-tion. On lui reprochait de laisser apercevoir la bonneopinion qu’il avait de lui-même; mais cette bonneopinion était excusable : on ne consacre point savie à un objet, 011 ne lui fait point le sacrifice en-tier de son temps et de ses forces, sans éprouverpour cet objet un véritable enthousiasme, sans êtrepénétré de son importance, sans l’exagérer même;heureux, lorsque l’objet de cet enthousiasme estune science utile et difficile! M. d’Anville regardaitdonc la géographie comme une des connaissancesles plus dignes d’occuper les hommes, et il 11e pou-vait ignorer qu’il était, dans cette science, le pre-mier de ses contemporains.
Il n’avait jamais pu se résoudre à rien négliger detout ce qui pouvait lui procurer quelque instruction ;il était assuré que sur chaque objet il avait toutlu, tout étudié; ce n’était qu’après un travail opi-niâtre qu’il prenait un parti, qu’il embrassait uneopinion ; il était donc naturel qu’il y tînt fermement,qu’il la soutînt d’un ton tranchant, et ce ton pou-vait paraître dur, surtout lorsque des hommes quiavaient pensé quelques heures à ce qui l’avait oc-cupé toute sa vie, se croyaient en droit de disputeravec lui et de le contredire; dans toute autre cir-constance, il était doux, gai , même très-modeste,