ÉLOGE UE M. BERNOULLI. 379
même de chagrins, si l’on excepte ceux qui sontune suite nécessaire de la condition humaine , luiprocura une santé constante : malgré la délicatessede son tempérament, il conserva, jusqu’à près dequatre-vingts ans, sa tête tout entière. Ses derniersouvrages sont dignes encore de lui ; et ce qu’il a faitdepuis l’âge où tant d’hommes sont condamnés àl’inutilité eût suffi pour faire la réputation d’un au-tre géomètre. Quelques années avant sa mort, il avaitrenoncé à la société, qui n’était plus que fatigantepour lui ; mais il se faisait porter tous les soirs dansune maison où se rassemblaient cinq ou six per-sonnes avec lesquelles il était lié depuis longtemps ;ne recevant plus les étrangers que la vaine curiositéamenait chez lui, il ne faisait d’exception qu’en fa-veur de ceux qui, célèbres dans l’Europe, excitaienten lui le même sentiment qu’il leur avait inspiré.Dans ses dernières années, une espèce d’asthme, très-fatigant, lui ôta le sommeil et les forces; au com-mencement de mars 1782 , ses infirmités redoublè-rent, il n’eut plus qu’une existence pénible, jouissantà peine de sa tête quelques heures de la journée, etle 17 au matin, son domestique, en entrant dans sachambre, le trouva mort dans son lit : un sommeilpaisible de quelques heures avait précédé son der-nier moment, et lui avait épargné tout ce qu’il au-rait pu éprouver de regrets ou de souffrances.
Pleuré de sa famille et de ses concitoyens, quis’honoraient de son génie et de ses vertus, il a laisséaux sciences des monuments consacrés pour jamaisdans leurs fastes ; aux savants , des leçons utiles sur
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