ÉLOGE DE M. DE MONTIGN [. 58g
En 1760, il,fut chargé d’un travail d’un autregenre. On avait répandu en Franche-Comté que lesel de Montmorot gâtait les fromages, objet d’unegrande importance pour cette province, et qu’il em-poisonnait les bestiaux. Les sources de Montmorotcharriaient, disait-on, de l’arsenic et de l’orpiment.Ces bruits s’étaient accrédités parmi le peuple, et ilne faut pas s’en étonner : il s’agissait d’une denréenécessaire que la loi force d’acheter d’une seulecompagnie. Tout bruit populaire qui suppose, dansune denrée de cette espèce, des qualités dangereu-ses, favorise la haine du peuple; et l’impossibilitéd’en acheter d’une autre main rend cette rumeureffrayante : double raison pour qu’elle soit avide-ment adoptée. Les propriétaires de Franche-Comté,forcés de vendre leurs bois à bas prix, pour l’exploi-tation des salines, ou partageaient la crédulité po-pulaire , ou du moins se gardaient bien de la dé-truire. M. de Montigni fut envoyé pour examinerjusqu’à quel point ces plaintes pouvaient être fon-dées. Il ne suffisait pas, pour bien remplir cettecommission, d’avoir des connaissances chimiques ;dans ces conjonctures délicates, où la défiance dupeuple se porte sur celui même qu’on envoie pourle rassurer, il fallait avoir une conduite qui inspi-rât la confiance; il fallait proportionner ses épreuveset ses expériences aux lumières de ceux qu’on avaità convaincre; ne point traiter avec mépris ou aveclégèreté des opinions devenues générales ; n’y pointattacher une importance qui aurait pu les accrédi-ter; examiner si ces sels, même sans avoir des qua-