I 20
ME DE VOLTA.IKE.
qui lui serait plus utile de perdre; un tel arrêt de-vait exciter l’indignation de tout ami de la justice,quand même les opprobres entassés sur la tête dumalheureux général, et l’horrible barbarie de le traî-ner au supplice avec un bâillon, n’auraient pas faitfrémir jusque dans leurs dernières fibres tous lescœurs que l’habitude de disposer de la vie deshommes n’avait pas endurcis.
Cependant Voltaire parla longtemps seul. Le grandnombre d’employés de la compagnie des Indes, inté-ressés à rejeter sur un homme qui n’existait plus,les suites funestes de leur conduite; le tribunal puis-sant qui l’avait condamné; tout ce que ce corpstraîne à sa suite d’hommes dont la voix lui est ven-due; les autres corps qui, réunis avec lui par lemême nom, des fonctions communes, des intérêtssemblables, regardent sa cause comme la leur; enfinle ministère honteux d’avoir eu la faiblesse ou la po-litique cruelle de sacrifier le comte de Lalli à l’espé-rance de cacher dans son tombeau les fautes quiavaient causé la perte de l’Inde; tout semblait s’op-poser à une justice tardive. Mais Voltaire, en reve-nant souvent sur ce même objet, triompha de laprévention et des intérêts attentifs à l’étendre et à laconserver. Les bons esprits n’eurent besoin qued’être avertis; il entraîna les autres; et lorsque le filsdu comte de Lalli, si célèbre depuis par son élo-quence et par son courage, eut atteint l’âge où ilpouvait demander justice, les esprits étaient prépa-rés pour y applaudir et pour la solliciter. Voltaireétait mourant lorsque, après douze ans, cet arrêt in-