19.8
VIE DE VOLTAIRE.
On parla donc de remettre en vigueur les lois quidéfendaient aux catholiques d’avoir du bien dans leterritoire genevois; on reprocha aux magistrats leursliaisons avec Voltaire, qui avait osé s’élever contrel’assassinat barbare de Servet, commandé au nomde Dieu par Calvin aux lâches et superstitieux séna-teurs de Genève. Voltaire fut obligé de renoncer àsa maison des Délices.
Bientôt après, Rousseau établit dans Emile desprincipes qui révélaient aux citoyens de Genèvetoute l’étendue de leurs droits, et qui les appuyaientsur des vérités simples que tous les hommes pou-vaient sentir, que tous devaient adopter. Les aristo-crates voulurent l’en punir. Mais ils avaient besoind’un prétexte; ils prirent celui de la religion, et seréunirent aux prêtres, qui, dans tous les pays, in-différents à la forme de la constitution et à la libertédes hommes, promettent les secours du ciel au partiqui favorise le plus leur intolérance, et deviennent,suivant leurs intérêts, tantôt les appuis de la tyran-nie d’un prince persécuteur ou d’un sénat supers-titieux, tantôt les défenseurs de la liberté d’un peu-ple fanatique.
Exposé alternativement aux attaques des deuxpartis, Voltaire garda la neutralité; mais il restafidèle à sa haine pour les oppresseurs. Il favorisaitla cause du peuple contre les magistrats, et celle desnatifs contre les citoyens; car ces natifs, condamnésà ne jamais partager le droit de cité, se trouvaientplus malheureux depuis que les citoyens, plus ins-truits des principes du droit politique, mais moins