54o SUR LA NÉCESSITÉ D’ÉTABLIR EN FRANCE
D’ailleurs plusieurs circonstances augmentent cedanger. i° La crainte des violences, le peu de con-fiance dans les lois, empêchent la libre circulationde s’établir. Lorsque l’on paye en monnaie mé-tallique, les vendeurs préfèrent l’argent à la denrée,parce qu’il a une valeur plus fixe ; et maintenant quel’on paye en assignats, ils doivent par la même rai-son préférer de garder leurs denrées; et il est aiséde prévoir tout ce que des craintes vagues peuventajouter à ce motif réel. 3° Des intrigues ont per-suadé aux citoyens peu instruits, que tout rassem-blement était investi d’une sorte de souveraineté, etd’après cette absurde doctrine, lors même que, parleur résistance à laloi, ils attaquenldirectement la sou-veraineté du peuple entier , ils s’imaginent l’exercer.
Telle est la liste des ennemis que doit avoir touteconstitution dans laquelle on ne verra pas, d’a-vance, le germe de sa prompte destruction, et quisera fondée sur l’égalité des citoyens, la souverainetédu peuple, l’unité d’une grande république.
En effet, dans une telle constitution, les talentsréels peuvent conduire à la gloire, les services obte-nir de la reconnaissance, la vertu s’entourer de l’es-time publique; mais elle n’offre aucune grande ré-compense au charlatanisme, à l’intrigue, à l’hypocrisiepolitique. On y verrait des citoyens révérés par leurségaux, mais point de citoyens puissants : quelqueshommes y jouiraient des bénédictions, des accla-mations du peuple, aucun n’en pourrait faire l’ins-trument de ses intérêts ou de ses passions.
A ces ennemis intérieurs se joignent les émis-