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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE I.

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Le feu roi Charles XI dans ses sévérités pour ses sujetsn’avait pas épargné les Livoniens; il les avait dépouillés deleurs privilèges, et d’une partie de leur patrimoine. Patkul,malheureusement célèbre depuis par sa mort tragique, fut dé-puté de la noblesse livonienne pour porter au trône les plain-tes de la province: il fit à son maîtro une harangue respec-tueuse, mais forte, et pleine de cette éloquence mâle quedonne la calamité quand elle est jointe à la hardiesse. Maisles rois ne regardent trop souvent ces harangues publiquesque comme des cérémonies vaines qu’il est d’usage de souffrirsans y faire attention. Toutefois Charles XI, dissimulé quandil ne se livrait pas aux emportemens de sa colère, frappa dou-cement sur l’épaule de Patkul: ,,Vous avez parlé pour votrepatrie en brave homme, lui dit-il'; je vous en estime, conti--nuez.“ Mais peu de jours après il le fit déclarer coupable delèse-majesté, et comme tel condamner à la mort. Patkul,qui s’était caché, prit la fuite: il porta dans la Pologne sesressentimens. Il fut admis depuis devant le roi Auguste.Charles XI était mort; mais la sentence de Patkul, et son in-dignation subsistaient. Il représenta an monarque polonaisla facilité de la conquête de la Livonie; des peuples désespé-rés prêts à secouer le joug de la Suède; un roi enfant, in-capable de se défendre. Ces sollicitations furent bien reçuesd’un prince déjà tenté de cette conquête. Auguste à son cou-ronnement avait promis de faire ses efforts pour recouvrer lesprovinces que la Pologne avait perdues: il crut par son ir-ruption en Livonie plaire à la république, et affermir sonpouvoir; mais il se trompa dans ces deux idées qui parais-saient si vraisemblables. Tout fut prêt bientôt pour une in-vasion soudaine, sans même daigner recourir d^abord à lavaine formalité des déclarations de guerre et des manifestes.Le nuage grossissait en même temps du côté de la Mosco-vie. Le monarque qui la gouvernait mérite l’attention de lapostérité.

Pierre Alexiowitz, czar de Russie, s’était déjà rendu re-doutable par la bataille qu’il avait gagnée sur les-Turcs enf 1 )1697, et par la prise d’Azoph, qui lui ouvrait l’empire de lamer Noire: mais c’était par des actions .plus étonnantes quedes victoires qu’il cherchait le nom le grand. La Moscovieou Russie embrasse le nord de l’Asie et celui de l’Europe,et depuis les frontières de la Chine s’étend l’espace dequinze cents lieues jusqu’aux confias de la Pologne et dela Suède: mais ce pays immense était à peine connu de l’Eu-rope avant le czar Pierre: les Moscovites étaient moins civi-