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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

Ce caractère, qui avait en quelques choses du rapport avec lesien, le détermina entièrement. Il dit tout haut après la con-férence: „Voilà un homme qui sera toujours mon ami;“ eton s’aperçut bientôt que ces mots signifiaient : Voilà un hommequi sera roi.

Quand le primat de Pologne sut que Charles XII avaitnommé le palatin Leczinsky, à-peu-près comme Alexandreavait nommé Abdalonime, il accourut auprès du roi de Suède,pour tâcher de faire changer cette résolution: il voulait fairetomber la couronne à un Lubomirsky. „Mais qu’avez-vousà alléguer contre Stanislas Leczinsky ?" dit le conquérant. —„Sire, dit le primat, il est trop jeune.' 1 Le roi répliquasèchement: „Il est à-peu-près de mon âge," tourna le dos auprélat, et aussitôt envoya le compte de Hoorn signifier à l’as-semblée de Varsovie qu’il fallait élire un roi dans cinq jours,et qu’il fallait élire Stanislas Leczinsky. Le comte de Hoornarriva le 7 juillet; il fixa le jour de l’élection au 12, comme ilaurait ordonné le décampement d’un bataillon. Le cardinalprimat, frustré du fruit de tant d’intrigues, retourna à l’assem-blée, où il remua tout pour faire échouer une élection à la-quelle il n’avait point de part: mais le roi de Suède arrivalui-même incognito à Varsovie; alors il fallut se taire ('). Toutce que put faire le primat fut de ne point se trouver à l’élec-tion; il se réduisit à une neutralité inutile, ne pouvant s’op-poser au vainqueur, et ne voulant pas le seconder.

Le samedi 12 juillet, jour fixé pour l’élection, étant venu,on s’assembla à trois heures après midi au Colo, champ des-tiné pour cette cérémonie: l’évêque de Posnanie vint présiderà l’assemblée à la place du cardinal primat. Il arriva suivides gentilshommes du parti. Le comte de Hoorn et deuxantres officiers - généraux assistaient publiquement à cette so-lennité , comme ambassadeurs extraordinaires de Charles auprèsde la république. La séance dura jusqu’à neuf heures du soir;l’évêque de Posnanie la finit, en déclarant au nom de la dièteStanislas élu roi de Pologne: tous les bonnets sautèrenten l’air, et le bruit des acclamations étôuffa le cri des op-posans.

Il ne servit de rien au cardinal primat, et à ceux quiavaient voulu demeurer neutres, de s’être absentés de l’élec-tion; il fallut que dès le lendemain ils vinssent! 2 ) tous rendrehommage au nouveau roi: la plus grande mortification qu’ilseurent fut d’être obligés de le suivre au quartier du roi deSuède. Ce prince rendit au souverain qu’il venait de fairetous les honneurs dus ( 3 ) à un roi de Pologne; et pour donner