HISTOIRE. DE CHARLES XII.
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Suédois ne se ferait point en Poméranie, ni dans aucune desprovinces d’Allemagne, et que les ennemis de Charles XIIpourraient l’attaquer par-tout ailleurs. Le roi de Pologne etle czar accédèrent eux-mêmes à ce traité: ils y firent insérerun article aussi extraordinaire que le traité même, ce fut queles douze mille Suédois qui étaient en Poméranie n’en pour-raient sortir pour aller défendre leurs autres provinces.
Pour assurer l’exécution de ce traité on proposa d’assemblerune armée conservatrice de cette neutralité imaginaire: elledevait camper sur le bord de l’Oder. C’eût été (“) une nou-veauté singulière qu’une armée levée pour empêcher uneguerre: ceux même qui devaient la soudoyer avaient pour laplupart beaucoup d’intérêt à faire cette guerre, qu’on préten-dait écarter: le traité portait qu’elle serait composée destroupes de l’empereur, du roi de Prusse, de l’électeur de Ha-nover, du landgrave de Hesse, de l’évêque de Munster.
II arriva ce qu’on devait naturellement attendre d’unpareil projet; il ne fut point exécuté; les princes qui devaientfournir leur contingent pour lever cette armée ne donnèrentrien; il n’y eut pas deux régimens formés: on parla beaucoupde neutralité, personne ne la garda; et tous les princes dunord qui avaient des intérêts à démêler avec le roi de Suèderestèrent en pleine liberté de se disputer les dépouilles de ceprince.
Dans ces conjonctures le czar, après avoir laissé ses troupesen quartier dans la Lithuanie, et avoir ordonné le siège deRiga, s’en retourna à Moscou étaler a ses peuples un appareilaussi nouveau que tout ce qu’il avait fait jusqu’alors dans sesétats: ce fut un triomphe tel à-peu-près que celui des anciensRomains. Il fit son entrée dans Moscou sous sept arcs triom-phaux dressés dans les rues, ornées de tout ce que le climatpeut fournir, et de ce que le commerce florissant ( la ) par sessoins y avait pu apporter: un régiment des gardes commen-çait la marche, suivi des pièces d’artillerie prises sur les Sué-dois àLesno et àPultava; chacune était traînée par huit chevauxcouverts de housses d’écarlate pendantes à terre: ensuite ve-naient les étendards, les timbales, les drapeaux gagnés à cesdeux batailles, portés par les officiers et par les soldats quiles avaient pris; toutes ces dépouilles étaient suivies des plusbelles troupes du czar. Après qu’elles eurent défilé on vit surun char fait exprès paraître le brancard de Charles XII, trouvésur le champ de bataille de Pultava tout brisé de deux coupsde canon ; derrière ce brancard marchaient deux à deux tousles prisonniers: on y voyait le comte Piper, premier ministre