LIVRE V.
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au hasard de se noyer, et traversa le camp moscovite, au ha-sard d’être pris: il parvint à l’armée turque, et descendit à latente du comte Poniatowski, qui m’a conté et écrit ce fait.Le comte s’avança tristement vers lui, et lui apprit commentil venait de perdre une occasion qu’il ne recouvrerait peut-êtrejamais.
Le roi, outré de colère, va droit h la tente du grand-visir: il lui reproche avec un visage enflammé le traité qu’ilvient de conclure. „J’ai droit, dit le grand-visir d’un air calme,de faire la guerre et la paix." „Mais, reprend le roi, n’avais-tupas toute l’armée moscovite en ton pouvoir ?“ „Notre loi nousordonne, repartit gravement le visir, de donner la paix h nosennemis quand ils implorent notre miséricorde . 11 „Hé! t’or-donne-t-elle, insiste le roi en colère, de faire un mauvaistraité, quand tu peux imposer telles lois que tu veux? ne dé-pendait-il pas de toi d’amener le czar prisonnier à Constan-stinople ? 11
Le Turc poussé à bout, répondit sèchement: „Hé! quigouvernerait son empire en son absence? il ne faut pas quetous les rois soient hors de chez ( J1 ) eux . 11 Charles répliquapar un sourire d’indignation: il se jeta sur un sofa, et regar-dant le visir d’un air plein de colère et de mépris, il étenditsa jambe vers lui, et embarrassant exprès son éperon dans larobe du Turc, il la lui déchira, se releva sur-le-champ,remonta à cheval, et retourna à Bender le désespoir dans lecoeur.
Poniatowski resta encore quelque temps avec le grand-visir pour essayer par des voies plus douces de l’engager àtirer un meilleur parti du czar; mais l’heure de la prière étantvenue, le Turc, sans répondre un seul mot, alla se laver etprier Dieu.