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HISTOIRE DK CHARLES XII.
Désalenrs de yenir à Andrinople, où était la Porte, de peurque ce ministre, qui agissait pour le roi de Suède, ne voulûtdéranger le dessein qu’on avait de le faire partir.
Charles^ indigné de se voir en quelque sorte chassé desterres du grand-seigneur, se détermina à ne point partir dutout.
Il pouvait demander à s’en retourner par les terres d’Al-lemagne, où s’embarquer (°) sur la mer Noire pour se rendreà Marseille par la Méditerranée; mais il aima mieux ne de-mander rien, et attendre les évènemens.
Quand les douze cents bourses furent arrivées, son tréso-rier, Grothusen, qui avait appris la langue turque dans ce longséjour, alla voir le bacha sans interprète, dans le dessein detirer de lui les douze cents bourses, et de former ensuite àla Porte quelque intrigue nouvelle, toujours sur cette faussesupposition que le parti suédois armerait enfin l’empire otto-man contre le czar.
Grothusen dit au bacha que le roi ne pouvait avoir seséquipages prêts sans argent; ,,Mais, dit le hacha, c'est nous ('°)qui ferons tous les frais de votre départ; votre maître n’a rienà dépenser tant cju’il sera sous la protection du inien.“
Grothusen répliqua qu’il y avait tant de différence entreles équipages turcs et ceux des Francs, qu’il fallait avoir re-cours aux artisans suédois et polonais qui étaient à Varnitza.
Il l'assura que son maître était disposé à partir, et quecet argent faciliterait et avancerait son départ. Le bacha,trop confiant, donna les douze cents bourses. Il vint quelquesjours après demander au roi d’une manière très respectueuseles ordres pour départ.
Sa surprise fut extrême quand le roi lui dit qu’il n’étaitpas prêt à partir^ et qu’il lui fallait encore mille bourses. Lebacha, confondu a cette réponse, fut quelque temps sans pou-voir parler; il se retira vers une fenêtre, où on le vit verserquelques larmes. Ensuite, s’adressant au roi: „I1 m’en coû-tera la tête, dit-il, pour avoir obligé ta majesté; j’ai donnéles douze cents bourses malgré l’ordre exprès de mon souve-rain." Ayant dit ces paroles il s’en retourna plein de tristesse.
Le roi l’arrêta et lui dit qu’il l’excuserait auprès de sul-tan: „Ah ! repartit le Turc en s’en allant, mon maître ne saitpoint excuser les fautes; il ne sait que les punir."
Ismaël bacha alla apprendre cette nouvelle au kan desTartares, lequel ayant reçu le même ordre que le bacha dene point souffrir que les douze cents bourses fussent donnéesavant le départ du roi, et ayant consenti qu’on délivrât cet