SUPPLÉMENT A LA VIE DE CORNEILLE.
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An major futrit socco , majorve cothurno ,Ambiguum : certè magnus utroque fuit.
Quand on sut que Corneille était rétabli, Ménagese hâta également de célébrer sa guérison dans lapièce suivante :
CORNELIUS REDmVUS.
Dodus ab infernis remeat Cornélius umbris,
Et potuit rigidas fledere voce deas.
Threîcium numeris vatem qui dulcibus œquat,Debuit et numeris non potuisse minus.
Les deux Corneille ont épousé les deux demoisel-les de Lampérière. Il y avait entre les frères le mêmeintervalle d’âge qu’entre les sœurs ; ils ont eu unmême nombre d’enfants ; ce n’était qu’une mêmemaison, qu’un même domestique ; ils ont parcourula même carrière. Enfin après plus de vingt-cinq ansde mariage, les deux frères n’avaient pas encoresongé à faire le partage des biens de leurs femmes,situés en Normandie ; il ne fut fait qu’à la mort dePierre. (De Boze.)
La distance qui était entre l’esprit des deux Cor-neille n’en mit aucune dans leur cœur. Ils étaient ex-trêmement unis, et logeaient ensemble. Thomasavait le travail infiniment plus facile que Pierre; etquand celui-ci cherchait une rime, il levait une trappeet la demandait à son frère, qui la lui donnait aussi-tôt. ( Voisenon. )
M. Corneille, cinq ou six ans avant sa mort, di-sait qu’il avait pris congé du théâtre, et que sa poé-sie s’en était allée avec ses dents. ( Chevreau.)
On a accusé Corneille d’être un homme intéresséet moins avide de gloire que de gain : Corneille,
qu’on sait avoir porté l’indifférence pour l’argent jus-qu’à une insensibilité blâmable; qui n’a jamais tiréde ses pièces que ce que les comédiens lui donnaient,sans compter avec eux ; qui fut un an sans remercierColbert du rétablissement de sa pension ; qui, aprèsavoir vécu sans faire aucune dépense, est mort sansbiens; Corneille enfin qui a eu le cœur aussigrand que l’esprit, les sentiments aussi nobles queles idées!
Peu de jours avant sa mort l’argent manquait à cetillustre malade, fort éloigné de thésauriser; et le roiayant appris du père de la Chaise la situation critiquedu grand Corneille, lui envoya deux cents louis. (Lepère Tournemine. )
A la fin de cette même année 1 Corneille mourut;et mon père, qui le lendemain de cette mort entraitdans les fonctions de directeur, prétendait que c’étaità lui à faire faire, pour l’académicien qui venait demourir, un service suivant la coutume. Mais Cor-neille était mort pendant la nuit; et l’académicienqui était encore directeur la veille prétendait que,comme il n’était sorti de place que le lendemain ma-tin , il était encore dans ses fonctions au moment dela mort de Corneille, et que par conséquent c’étaità lui à faire faire le service. Cette dispute n’avait pourmotif qu’une généreuse émulation : tous deux vou-laient avoir l’honneur de rendre les devoirs funèbresà un mort si illustre. Cette contestation , glorieusepour les deux parties, fut décidée par l’Académie enfaveur de l’ancien directeur ; ce qui donna lieu à cemot fameux que Benserade dit à mon père : « Nul« autre que vous ne pouvait prétendre à enterrer« Corneille; cependant vous n’avez pu y parvenir. »(L. Racine.)
1 1684 .
FIN DE LA VIE DE CORNEILLE.