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Tome premier.
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PRÉFACE.

les choses merveilleuses qui arrivent à leurs personnages,j’ai mis les accidents mêmes sur la scène. Cette nouveautépourra plaire à quelques-uns; et quiconque voudra bienpeser l’avantage que l’action a sur ces longs et ennuyeuxrécits, ne trouvera pas étrange que j’aie mieux aimé diver-tir les yeux qu’importuner les oreilles, et que me tenantdans la contrainte de celte méthode, j’en aie pris la beauté,sans tomber dans les incommodités que les Grecs et les La-tins , qui l’ont suivie, n’ont su d’ordinaire, ou du moinsn’ont osé éviter. Je me donne ici quelque sorte de libertéde choquer les anciens, d’autant qu’ils ne sont plus en.étatde me répondre, et que je ne veux engager personne en larecherche de mes défauts. Puisque les sciences et les artsne sont jamais à leur période, il m’est permis de croire qu’ilsn’ont pas tout su, et que de leurs instructions on peut tirerdes lumières qu’ils n’ont pas eues. Je leur porte du respectcomme à des gens qui nous ont frayé le chemin, et qui,après avoir défriché un pays fort rude, nous ont laissé à lecultiver. J’honore les modernes sans les envier, et n’attri-buerai jamais au hasard ce qu’ils auront fait par science,ou par des règles particulières qu’ils se seront eux-mêmesprescrites; outre que c’est ce qui ne me tombera jamais enla pensée, qu’une pièce de si longue haleine, où il faut cou-cher l’esprit à tant de reprises, et s’imprimer tant de con-traires mouvements, se puisse faire par aventure. Il n’enva pas de la comédie comme d’un songe qui saisit notre ima-gination tunniltuairement et sans notre aveu, ou commed’un sonnet ou d’une ode, qu’une chaleur extraordinairepeut pousser par boutade, et sans lever ta plume. Aussil’antiquité nous parle bien de l’écume d’un cheval qu’uneéponge jetée par dépit sur un tableau exprima parfaitement,après que l’industrie du peintre n’en avait su venir à bout ;mais il ne se lit point que jamais un tableau tout entier aitété produit de cette sorte. Au reste, je laisse le lieu de mascène au choix du lecteur, bien qu’il ne me coûtât ici qu’ànommer. Si mon sujet est véritable, j’ai raison de le taire ;si c’est une fiction, quelle apparence, pour suivre je ne saisquelle cliorographie, de donner un soufflet à l’histoire, d’at-tribuer à un pays des princes imaginaires, et d’en rapporterdes aventures qui ne se lisent point dans les chroniques deleur royaume? Ma scène est donc en un château d’un roi,proche d’une forêt; je n’en détermine ni la province ni leroyaume; où vous l’aurez une fois placée, elle s’y tiendra.Que si l’on remarque des concurrences dans mes vers,qu’on ne les prenne pas pour des larcins. Je n’y en ai pointlaissé que j’aie connues, et j’ai toujours cru que, pour belleque fût une pensée, tomber en soupçon do la tenir d’unautre, c’est l’acheter plus qu’elle ne vaut; de sorte qu’enl’état que je donne cette pièce au public, je pense n’avoirrien de commun avec la plupart des écrivains modernes,qu’un peu de vanité que je témoigne ici.

ARGUMENT.

Rosidor, favori du roi, était si passionnément aimé dedeux des filles de la reine, Caliste et Dorise, que celle-cien dédaignait Pymante, et celle-là Clitandre. Ses affections

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toutefois n’étaient que pour la première, de sorte que cetteamour mutuelle n’eût point eu d’obstacle sans Clitandre.Ce cavalier était le mignon du prince, fils unique du roi,qui pouvait tout sur la reine sa mère, dont cette fille dé-pendait; et de là procédaient les refus de la reine toutes lesfois que Rosidor la suppliait d’agréer leur mariage. Cesdeux demoiselles, bien que rivales, ne laissaient pas d’êtreamies, d’autant que Dorise feignait que son amour n’étaitque par galanterie, et comme pour avoir de quoi répliqueraux importunités de Pymante. De cette façon, elle entraitdans la confidence de Caliste, et se tenant toujours assidueauprès d’elle, elle se donnait plus de moyen de voir Rosi-dor, qui ne s’en éloignait que le moins qu’il lui était possi-ble. Cependant la jalousie la rongeait au dedans, et exci-tait en son âme autant de véritables mouvements de hainepour sa compagne qu’elle lui rendait de feints témoignagesd’amitié. Un jour que le roi, avec toute sa cour, s’était re-tiré en un château de plaisance proche d’une forêt, celtefille, entretenant en ces bois ses pênsées mélancoliques,rencontra par hasard une épée : c’était celle d’un cavaliernommé Arimant, demeurée là par mégarde depuis deuxjours qu’il avait été tué en duel, disputant sa maîtresseDaphné contre Éraste. Cette jalouse, dans sa profonde rê-verie , devenue furieuse, jugea cette occasion propre à perdresa rivale. Elle la cache donc au même endroit, et à son re-tour conte à Caliste que Rosidor la trompe, qu’elle a dé-couvert une secrète affection entre Hippolyte et lui, et en-fin qu’ils avaient rendez-vous dans les bois le lendemain aulever du soleil pour en venir aux dernières faveurs : une of-fre en outre de les lui faire surprendre éveille la curiositéde cet esprit facile, qui lui promet de se dérober, et se dé-robe en effet le lendemain avec elle pour faire ses yeux té-moins de cette perfidie. D’autre côté, Pymante, résolu de sedéfaire de Rosidor, comme du seul qui l’empêchait d’êtreaimé de Dorise, et ne l’osant attaquer ouvertement, àcause de sa faveur auprès du roi, dont il n’eût pu rappro-cher, suborne Géronte, écuyer de Clitandre, et Lycaste,page du même. Cet écuyer écrit un cartel à Rosidor au nomde son maître, prend pour prétexte l’affection qu’ils avaienttous deux pour Caliste, contrefait au bas son seing, le faitrendre par ce page, et eux trois le vont attendre masquéset déguisés en paysans. L’heure était la même que Doriseavait donnée à Caliste, à cause que l’un et l’autre voulaientêtre assez tôt de retour pour se trouver au lever du roi etde la reine après le coup exécuté. Les lieux mêmes n’é-taient pas fort éloignés; de sorte que Rosidor, poursuivi parces trois assassins, arrive auprès de ces deux filles commeDorise avait l’épée à la main, prête de l’enfoncer dans l’es-tomac de Caliste. Il pare, et blesse toujours en reculant,et tue enfin ce page, mais si malheureusement, que, reti-rant son épée, elle se rompt contre la branche d’un arbre.Eu cette extrémité, il voit celle que tient Dorise, et sans lareconnaître, il la lui arrache, et passe tout d’un temps letronçon de la sienne en la main gauche, à guise d’un poi-gnard, se défend ainsi contre Pymante et Géronte, tue encorece dernier, et met l’autre en fuite. Dorise fuit aussi, se voyantdésarmée par Rosidor; et Caliste, sitôt qu’elle l’areconnu,se pâme d’appréhension de son péril. Rosidor démasque lesmorts, et fulmine contre Clitandre, qu’il prend pour l’au-teur de cette perfidie, attendu qu’ils sont ses domestiques