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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE I, SCÈNE II.

PERSONNAGES.

ALCANDRE, roi d’Ecosse.

FLORIDAN, fils du roi.

ROSIDOR, favori du roi et amant de Caliste.

CLITANDRE, favori du prince Floridan, et amoureux ausside Caliste, mais dédaigné.

F YM ANTE, amoureux de Dorise, et dédaigné.

CALISTE, maîtresse de Rosidor et de Clitandre.

DORISE, maîtresse de Pymante.

LYSARQUE, écuyer de Rosidor.

GÉRONTE, écuyer de Clitandre.

CLÉON, gentilhomme suivant la cour.

LYCASTE, page de Clitandre.

Le Geôlier.

Trois Archers.

Trois Veneurs.

La scène est en un château du roi, proche d’une forêt.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.

CALISTE.

N’en doute plus, mon cœur, un amant hypocrite,Feignant de m’adorer, brûle pour Hippolyte :

Dorise m’en a dit le secret rendez-vous

Où leur naissante ardeur se cache aux yeux de tous;

Et pour les y surprendre elle m’y doit conduire,

Sitôt que le soleil commencera de luire.

Mais qu’elle est paresseuse à me venir treuver 1 !

La dormeuse m’oublie, et ne se peut lever.Toutefois, sans raison j’accuse sa paresse :

La nuit, qui dure encor, fait que rien ne la presse :Ma jalouse fureur, mon dépit, mon amour,

Ont troublé mon repos avant le point du jour ;

Mais elle, qui n’en fait aucune expérience,

Étant sans intérêt, est sans impatience.

Toi qui fais ma douleur, et qui fis mon souci,

Ne tarde plus, volage, à te montrer ici ;

Viens en hâte affermir ton indigne victoire ;

Viens t’assurer l’éclat de cette infâme gloire;

Viens signaler ton nom par ton manque de foi.

Le jour s’en va paraître ; affronteur, hâte-toi.

Mais, hélas ! cher ingrat, adorable parjure,

Ma timide voix tremble à te dire une injure ;

Si j’écoute l’amour, il devient si puissant,

1 Nous avons déjà remarqué que le mot trouver s’écrivait etse prononçait encore ainsi vers la lin du dix-septième siècle.

Qu’en dépit de Dorise il te fait innocent :

Je ne sais lequel croire, et j’aime tant ce doute,

Que j’ai peur d’en sortir entrant dans cette route.

Je crains ce que je cherche, et je ne connais pasDe plus grand heur pour moi que d’y perdre mes pas.Ah, mes yeux! si jamais vos fonctions propicesA mon cœur amoureux firent de bons services,Apprenez aujourd’hui quel est votre devoir :

Le moyen de me plaire est de me décevoir ;

Si vous ne m’abusez, si vous n’êtes faussaires,

Vous êtes de mon heur les cruels adversaires.

Et toi, soleil, qui vas, en ramenant le jour,

Dissiper une erreur si chère à mon amour,

Puisqu’il faut qu’avec toi ce que je crains éclate,Souffre qu’encore un peu l’ignorance me flatte.

Mais je te parle en vain, et l’aube, de ses rais,

A déjà reblanchi le haut de ces forêts.

Si je puis me fier à sa lumière sombre,

Dont l’éclat brille à peine et dispute avec l’ombre,J’entrevois le sujet de mon jaloux ennui,

Et quelqu’un de ses gens qui conteste avec lui.Rentre, pauvre abusée, et cache-toi de sorteQue tu puisses l’entendre à travers cette porte.

SCÈNE II.

ROSIDOR, LYSARQUE.

ROSIDOR.

Ce devoir, ou plutôt cette importunité,

Au lieu de m’assurer de ta fidélité,

Marque trop clairement ton peu d'obéissance.Laisse-moi seul, Lysarque,une heure en ma puis-Que retiré du monde et du bruit de la cour, [sance;Je puisse dans ces bois consulter mon amour;

Que là Caliste seule occupe mes pensées,

Et par le souvenir de ses faveurs passées,

Assure mon espoir de celles que j’attends ;

Qu’un entretien rêveur durant ce peu de tempsM’instruise des moyens de plaire à cette belle,

Allume dans mon cœur de nouveaux feux pour elle :Enfin, sans persister dans l’obstination,

Laisse-moi suivre ici mon inclination.

LYSARQUE.

Cette inclination, qui jusqu’ici vous mène,

A me la déguiser vous donne trop de peine.

Il ne faut point, monsieur, beaucoup l’examiner :L’heure et le lieu suspects font assez devinerQu’en même temps que vous s’échappe quelque dame.Vous m’entendez assez.

ROSIDOR.

Juge mieux de ma flamme,Et ne présume point que je manque de foiA celle que j’adore, et qui brûle pour moi.