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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE II, SCÈNE VII.

CLEON.

De semblables secrets ne s’ouvrent pas à moi.

FLOB1DAN.

Je n’en sais que penser ; et la cause incertaineDe ce commandement tient mon esprit en peine.Pourrai-je me résoudre à te laisser allerSans savoir les motifs qui te font rappeler?

CLITANDRE.

C’est, à mon jugement, quelque prompte entreprise,Dont l’exécution à moi seul est remise :

Mais, quoi que là-dessus j’ose m’imaginer,

C’est à moi d’obéir sans rien examiner.

FLORIDAN.

J’y consens à regret : va ; mais qu’il te souvienneQue je chéris ta vie à l’égal de la mienne;

Et si tu veux m’ôter de cette anxiété,

Que j’en sache au plus tôt toute la vérité.

Ce cor m’appelle. Adieu. Toute la chasse prêteN’attend que ma présence à relancer la bête.

SCÈNE VI.

DORISE, achevant de vêtir l’habit de Gérantequ’elle avait trouvé dans le bois.

Achève, malheureuse, achève de vêtirCe que ton mauvais sort laisse à te garantir.

Si de tes trahisons la jalouse impuissanceSut donner un faux crime à la même innocence,Recherche maintenant, par un plus juste effet,

Une fausse innocence à cacher ton forfait.

Quelle honte importune au visage te montePour un sexe quitté dont tu n’es que la honte?

Il t’abhorre lui-même; et cé déguisement,

En le désavouant, l’oblige pleinement.

Après avoir perdu sa douceur naturelle,

Dépouille sa pudeur, qui te messied sans elle;

Dérobe tout d’un temps, par ce crime nouveau,

Et l’autre aux yeux du monde, et ta tête au bourreau :Si tu veux empêcher ta perte inévitable,

Deviens plus criminelle, et parais moins coupable.Par une fausseté tu tombes en danger;

Par une fausseté sache t’en dégager.

Fausseté détestable, où me viens-tu réduire?Honteux déguisement, où me vas-tu conduire?

Ici de tous côtés l’effroi suit mon erreur,

Et j’y suis à moi-même une nouvelle horreur :L’image de Caliste à ma fureur soustraiteY brave fièrement ma timide retraite.

Encor si son trépas, secondant mon désir,

Mêlait à mes douleurs l’ombre d’un faux plaisir !Mais tels sont les excès du malheur qui m’opprime,Qu’il ne m’est pas permis de jouir de mon crime;Dans l’état pitoyable où le sort me réduit,

J’en mérite la peine, et n’en ai pas le fruit ;

Et tout ce que j’ai fait contre mon ennemieSert à croître sa gloire avec mon infamie.

N’importe, Rosidorde mes cruels destinsTient de quoi repousser ses lâches assassins.

Sa valeur, inutile en sa main désarmée,

Sans moi ne vivrait plus que chez la renommée ;Ainsi rien désormais ne pourrait m’enflammer ;N’ayant plus que haïr, je n’aurais plus qu’aimer.Fâcheuse loi du sort qui s’obstine à ma peine,

Je sauve mon amour, et je manque à ma haine.

Ces contraires succès, demeurant sans effet,

Font naître mon malheur de mon heur imparfait.Toutefois l’orgueilleux pour qui mon cœur soupireDe moi seule aujourd’hui tient le jour qu’il respire :Il m’en est redevable, et peut-être à son tourCette obligation produira quelque amour.

Dorise, à quels pensers ton espoir se ravale!

S’il vit par ton moyen, c’est pour une rivale.N’attends plus, n’attends plus que haine de sa part :L’offense vint de toi ; le secours, du hasard.

Malgré les vains efforts de ta ruse traîtresse,

Le hasard, par tes mains, le rend à sa maîtresse ;

Ce péril mutuel qui conserve leurs joursD’un contre-coup égal va croître leurs amours.Heureux couple d’amants que le destin assemble,Qu’il expose en péril, qu’il en retire ensemble !

SCÈNE VII.

P YM ANTE, DORISE.

pymante, la prenant pour Géronte, etl’embrassant.

O dieux! voici Géronte, et je le croyais mort.Malheureux compagnon de mon funeste sort...dorise , croyant qu’il la prend pour Rosidor, etqu’en l’embrassant il la poignarde.

Ton œil t’abuse. Hélas ! misérable, regardeQu’au lieu de Rosidor ton erreur me poignarde.

PYMANTE.

Ne crains pas, cher ami, ce funeste accident,

Je te connais assez, je suis... Mais, imprudent,

Où m’allait engager mon erreur indiscrète!

Monsieur, pardonnez-moi la faute que j’ai faite.Un berger d’ici près a quitté ses brebisPour s’en aller au camp presque en pareils habits ;Et d’abord vous prenant pour ce mien camarade,Mes sens d’aise aveuglés ont fait cette escapade.

Ne craignez point au reste un pauvre villageoisQui seul et désarmé court à travers ces bois.

D’un ordre assez précis l’heure presque expiréeMe défend des discours de plus longue durée.

A mon empressement pardonnez cet adieu;