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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE Y, SCÈNE I.

Bien qu’un crime imputé noircisse ma valeur,

Que le prétexte faux d’une action si noireNe laisse plus de moi qu’une sale mémoire,Permettez que mon nom, qu’un bourreau va ternir,Dure sans infamie en votre souvenir.

Ne vous repentez point de vos faveurs passées,Comme chez un perfide indignement placées :

•l’ose, j’ose espérer qu’un jour la véritéParaîtra toute nue à la postérité ;

Et je tiens d’un tel heur l’attente si certaine,

Qu’elle adoucit déjà la rigueur de ma peine;

Mon âme s’en chatouille, et ce plaisir secretLa prépare à sortir avec moins de regret.

SCÈNE VIII.

FLORIDAN, P YM ANTE, CLÉON, DORISE,en habit de femme; tbois veneurs.

floeidan , à Dorise et à Cléon.

Vous m’avez dit tous deux d’étranges aventures.

Ah, Clitandre ! ainsi donc de fausses conjecturesT’accablent, malheureux, sous le courroux du roi!Ce funeste récit me met tout hors de moi.

CLÉON.

Hâtant un peu le pas, quelque espoir me demeureQue vous arriverez auparavant qu’il meure.

FLORIDAN.

Si je n’y viens à temps, ce perfide en ce casA son ombre immolé ne me suffira pas.

C’est trop peu de l’auteur de tant d’énormes crimes;Innocent, il aura d’innocentes victimes.

Où que soit Rosidor, il le suivra de près,

Et je saurai changer ses myrtes en cyprès.

DORISE.

Souiller ainsi vos mains du sang de l’innocence!

FLORIDAN.

Mon déplaisir rn’en donne une entière licence.

J ’en veux, comme le roi, faire autant à mon tour ;

Et puisqu’en sa faveur on prévient mon retour,

Il est trop criminel. Mais que viens-je d’entendre?

Je me tiens presque sûr de sauver mon Clitandre ;La chasse n’est pas loin, où, prenant un cheval,

Je préviendrai le coup de son malheur fatal;

Il suffit de Cléon pour ramener Dorise.

( montrant Pymante. )

Vous autres, gardez bien de lâcher votre prise;

Un supplice l’attend, qui doit faire tremblerQuiconque désormais voudrait lui ressembler.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

FLORIDAN, CLITANDRE, un prévôt,CLÉON.

floridan , parlant au prévôt.

Dites vous-même au roi qu’une telle innocenceLégitime en ce point ma désobéissance,

Et qu’un homme sans crime avait bien méritéQue j’usasse pour lui de quelque autorité.

Je vous suis. Cependant, que mon heur est extrême,Ami, que je chéris à l’égal de moi-même,

D’avoir su justement venir à ton secoursLorsqu’un infâme glaive allait trancher tes jours,

Et qu’un injuste sort, ne trouvant point d’obstacle,Apprêtait de ta tête un indigne spectacle !

CLITANDRE.

Ainsi qu’un autre Alcide, en m’arrachant des fers,Vous m’avez aujourd’hui retiré des enfers;

Et moi dorénavant j’arrête mon envieA ne servir qu’un prince à qui je dois la vie.

FLORIDAN.

Réserve pour Caliste une part de tes soins.

CLITANDRE.

C’est à quoi désormais je veux penser le moins.

FLORIDAN.

Le moins ! Quoi ! désormais Caliste en ta penséeN’aurait plus que le rang d’une image effacée?

CLITANDRE.

J’ai honte que mon cœur auprès d’elle attachéDe son ardeur pour vous ait souvent relâché,

Ait souvent pour le sien quitté votre service :

C’est par là que j’avais mérité mon supplice;

Et pour m’en faire naître un juste repentir,

11 semble que les dieux y voulaient consentir ;

Mais votre heureux retour a calmé cet orage.FLORIDAN.

Tu me fais assez lire au fond de ton courage;

La crainte de la mort en chasse des appasQui t’ont mis au péril d’un si honteux trépas,Puisque, sans cet amour, la fourbe mal conçueEût manqué contre toi de prétexte et d’issue;

Ou peut-être à présent tes désirs amoureuxTournent vers des objets un peu moins rigoureux.

CLITANDRE.

Doux ou cruels, aucun désormais ne me touche.

FLORIDAN.

L’amour dompte aisément l’esprit le plus farouche;C’est à ceux de notre âge un puissant ennemi :

Tu ne connais encor ses forces qu’à demi ;