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LA VEUVE, ACTE II, SCÈNE VI.
i
!
Tu verrais un brasier bien autre et bien plus grandQu’en ces faibles devoirs que ma bouche te rend.
DORIS.
Si tu pouvais aussi pénétrer mon courage,
Et voir jusqu’à quel point ma passion m’engage,
Ce que dans mes discours tu prends pour des ardeursNe te semblerait plus que de tristes froideurs.
Ton amour et le mien ont faute de paroles.
Par un malheur égal ainsi tu me consoles;
Et de mille défauts me sentant accabler,
Ce m’est trop d’heur qu’un d’eux me fait te ressembler.
ALCIDON.
Mais quelque ressemblance entre nous qui survienne,Ta passion n’a rien qui ressemble à la mienne,
Et tu ne m’aimes pas de la même façon.
noms.
Si tu m’aimes encor, quitte un si faux soupçon ;
Tu douterais à tort d'une chose trop claire ;L’épreuve fera foi comme j’aime à te plaire.
Je meurs d’impatience, attendant l’heureux jourQui te montre quel est envers toi mon amour;
Ma mère en ma faveur brûle de même envie.
ALCIDON.
Hélas ! ma volonté sous un autre asservie,
Dont je ne puis encore à mon gré disposer,
Fait que d’un tel bonheur je ne saurais user.
Je dépends d’un vieil oncle, et s’il ne m’autorise,
Je ne te fais qu’en vain le don de ma franchise ;
Tu sais que tout son bien ne regarde que moi,
Et qu’attendant sa mort je vis dessous sa loi.
Mais nous le gagnerons, et mon humeur accorteSait comme il faut avoir les hommes de sa sorte :
Un peu de temps fait tout.
DOBIS.
Ne précipite rien.
Je connais ce qu’au monde aujourd’hui vaut le bien.Conserve ce vieillard ; pourquoi te mettre en peine,A force de m’aimer, de t’acquérir sa haine?
Ce qui te plaît m’agrée ; et ce retardement,
Parce qu'il vient de toi, m’oblige infiniment.
ALCIDON.
De moi ! C’est offenser une pure innocence.
Si l’effet de mes vœux n’est pas en ma puissance,Leur obstacle me gêne autant ou plus que toi.
DOBIS.
C’est prendre mal mon sens; je sais quelle est ta foi.
ALCIDON.
En veux-tu par écrit une entière assurance?
DOBIS.
Elle m’assure assez de ta persévérance;
Et je lui ferais tort d’en recevoir d’ailleursUne preuve plus ample, ou des garants meilleurs.
ALCIDON.
Je l’apporte demain, pour mieux faire connaître...
DOBIS.
J’en crois si fortement ce que j’en vois paraître,
Que c’est perdre du temps que de plus en parler.Adieu. Va désormais où tu voulais aller.
Si pour te retenir j’ai trop peu de mérite,Souviens-toi pour le moins que c’est moi qui te quitte.
ALCIDON.
Ce brusque adieu m’étonne, et jen’entends pas bien...
SCÈNE VI.
ALCIDON, LA NOURRICE.
LA NOURRICE.
Je te prends au sortir d’un plaisant entretien.
ALCIDON.
Plaisant de vérité, vu que mon artificeLui raconte les vœux que j’envoie à Clarice;
Et de tous mes soupirs, qui se portent plus loin,Elle se croit l’objet, et n’en est que témoin.
LA NOUBB1CE.
A insi ton feu se j oue ?
ALCIDON.
Ainsi quand je soupire,
Je la prends pour une autre, et lui dis mon martyre;Et sa réponse, au point que je puis souhaiter,
Dans cette illusion a droit de me flatter.
LA NOURRICE.
Elle t’aime?
ALCIDON.
Et de plus, un discours équivoqueLui fait aisément croire un amour réciproque.
Elle se pense belle, et cette vanitéL’assure imprudemment de ma captivité;
Et, comme si j’étais des amants ordinaires,
Elle prend sur mon cœur des droits imaginaires,Cependant que le sien sent tout ce que je feins ,
Et vit dans les langueurs dont à faux je me plains.
LA NOURRICE.
Je te réponds que non. Si tu n’y mets remède,Avant qu’il soit trois jours Florange la possède.
ALCIDON.
Et qui t’en a tant dit?
LA NOURRICE.
Géron m’a tout conté ;
C’est lui qui sourdement a conduit ce traité.
ALCIDON.
C’est ce qu’en mots obscurs son adieu voulait dire.Elle a cru me braver, mais je n’en fais que rire ;
Et comme j’étais las de me contraindre tant,
La coquette qu’elle est m’oblige en me quittant.Ne m’apprendras-tu point ce que fait ta maîtresse?
IjA NOURRICE.
Elle met ton agente au bout de sa finesse.