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LA VEUVE, ACTE V, SCÈNE IX.
clarice , à Chrysante.
N’usez point de ce mot vers celle dont l’envieEst de vous obéir le reste de sa vie,
Que son retour rend moins à soi-même qu’à vous.Ce brave cavalier accepté pour époux,
C’est à moi désormais, entrant dans sa famille,
A vous rendre un devoir de servante et de fille ;Heureuse mille fois, si le peu que je vauxNe vous empêche point d’excuser mes défauts,
Et si votre bonté d’un tel choix se contente !
chrysante, à Clarice.
Dans ce bien excessif, qui passe mon attente,
Je soupçonne mes sens d’une infidélité,
Tant ma raison s’oppose à ma crédulité.
Surprise que je suis d’une telle merveille,
Mon esprit tout confus doute encor si je veille ;
Mon âme en est ravie, et ces ravissementsM’ôtent la liberté de tous remercîments.
doris, à Clarice.
Souffrez qu’en ce bonheur mon zèle m’enhardisseA vous offrir, madame, un fidèle service.
clarice , à Doris.
Et moi, sans compliment qui vous farde mon cœur,Je vous offre et demande une amit ié de sœur.philiste, à Célidan.
'foi, sans qui mon malheur était inconsolable,
Ma douleur sans espoir, ma perte irréparable,
Qui m’as seul obligé plus que tous mes amis,Puisque je te dois tout, que je t’ai tout promis,Cesse de me tenir dedans l’incertitude :
Dis-moi par où je puis sortir d’ingratitude;Donne-moi le moyen, après un tel bienfait,
De réduire pour toi ma parole en effet.
célidan, à Philiste.
S’il est vrai que ta flamme et celle de ClariceDoivent leur bonne issue à mon peu de service,Qu’un bon succès par moi réponde à tous vos vœux,J’ose t’en demander un pareil à mes feux.
( montrant Chrysante. )J’ose te demander, sous l’aveu de madame,
Ce digne et seul objet de ma secrète flamme,
Cette sœur que j’adore, et qui pour faire un choixAttend de ton vouloir les favorables lois.
vu i liste , à Célidan.
Ta demande m’étonne ensemble et m’embarrasse :Sur ton meilleur ami tu brigues cette place;
Et tu sais que ma foi la réserve pour lui.
CHRYSANTE, Cl Philiste.
Si tu n’as entrepris de m’accabler d’ennui,
Ne te fais point ingrat pour une âme si double.
philiste , à Célidan.
Mon esprit divisé de plus en plus se trouble;Dispense-moi, de grâce, et songe qu’avant toiCe bizarre Alcidon tient en gage ma foi.
Si ton amour est grand, l’excuse t’est sensible ;
Mais je ne t’ai promis que ce qui m’est possible ;
Et cette foi donnée ôte de mon pouvoirCe qu’à notre amitié je me sais trop devoir.
chrysante, à Philiste.
Ne te ressouviens plus d’une vieille promesse;
Et juge, en regardant cette belle maîtresse,
Si celui qui pour toi l’ôte à son ravisseurN’a pas bien mérité l’échange de ta sœur.
clarice, à Chrysante.
Je ne saurais souffrir qu’en ma présence on dieQu’il doive m’acquérir par une perfidie :
Et pour un tel ami lui voir si peu de foiMe ferait redouter qu’il en eût moins pour moi.
Mais Alcidon survient; nous l’allons voir lui-mêmeContre un rival et vous disputer ce qu’il aime.
SCÈNE IX.
CLARICE, ALCIDON, PHILISTE, CHRY-SANTE, CÉLIDAN, DORIS.
clarice, à Alcidon.
Mon abord t’a surpris, tu changes de couleur ;
Tu me croyais sans doute encor dans le malheur :Voici qui m’en délivre ; et n’était que PhilisteA ces nouveaux desseins en ta faveur résiste,
Cet ami si parfait qu’entre nous tu chérisT’aurait pour récompense enlevé ta Doris.
ALCIDON.
Le désordre éclatant qu’on voit sur mon visageN’est que l’effet trop prompt d’une soudaine rage.
Je forcène de voir que sur votre retourCe traître assure ainsi ma perte et son amour.Perfide ! à mes dépens tu veux donc des maîtresses ?Et mon honneur perdu te gagne leurs caresses!
célidan , à Alcidon.
Quoi ! j’ai su jusqu’ici cacher tes lâchetés,
Et tu m’oses couvrir de.ces indignités !
Cesse de m’outrager, ou le respect des damesN’est plus pour contenir celui que tu diffames.
philiste , à Alcidon.
Cher ami, ne crains rien, et demeure assuréQue je sais maintenir ce que je t’ai juré;
Pour t’enlever ma sœur, il faut m’arracher l’âme.alcidon, à Philiste.
Non, non, il n’est plus temps de déguiser ma flamme ,Il te faut, malgré moi, faire un honteux aveuQue si mon cœur brûlait, c'était d’un autre feu.
Ami, ne cherche plus qui t’a ravi Clarice;
(Il se montre. ) (Il montre Célidan. )Voici l’auteur du coup, et voilà le complice.
(à Philiste.)
Adieu. Ce mot lâché, je te suis en horreur.