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Tome premier.
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LA GALERIE DU PALAIS, ACTE III, SCÈNE IX.

Si la mienne pour vous se relâche un moment,

C’est lors que je croirai manquer de jugement ;

Et la même raison qui vous rend admirable

Doit rendre, comme vous, ma flamme incomparable.

HIPPOLYTE.

Épargnez avec moi ces propos affétés.

Encore hier Célidée avait ses qualités ;

Encore hier en mérite elle était sans pareille.

Si je suis aujourd'hui cette unique merveille,

Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi,Gagnera votre cœur et ce titre sur moi.

Un esprit inconstant a toujours cette adresse.

SCÈNE VU.

CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE,LYSANDRE.

CHRYSANTE.

Monsieur, j’aime ma fille avec trop de tendressePour la vouloir contraindre en ses affections.

PLEIRANTE.

Madame, vous saurez ses inclinations ;

Elle voudra vous plaire, et je l’en vois sourire.

( à Lysandre. )

Allons, mon cavalier, j’ai deux mots à vous dire.

CHRYSANTE.

Vous en aurez réponse avant qu’il soit trois jours.

SCÈNE VIII.

CHRYSANTE, HIPPOLYTE.

CHRYSANTE.

Devinerais-tu bien quels étaient nos discours ?

HIPPOLYTE.

Il vous parlait d’amour peut-être?

CHRYSANTE.

Oui : que t’en semble?

HIPPOLYTE.

D’âge presque pareils, vous seriez bien ensemble.

CHRYSANTE.

Tu me donnes vraiment un gracieux détour ;

C’était pour ton sujet qu’il me parlait d’amour.

HIPPOLYTE.

Pour moi? Ces jours passés, un poète qui m’adore,Du moins à ce qu’il dit, m’égalait à l’aurore ;

Je me raillais alors de sa comparaison :

Mais, si cela se fait, il avait bien raison.

CHRYSANTE.

Avec tout ce babil, tu n’es qu’une étourdie.

Le bon homme est bien loin de cette maladie ;

11 veut te marier, mais c’est à Dorimant :

Vois si tu te résous d’accepter cet amant.

HIPPOLYTE.

Dessus tous mes désirs vous êtes absolue,

Et si vous le voulez, m’y voilà résolue.

•Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard ;Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard :Lysandre si longtemps a brillé pour sa fille,

Qu’il en faisait déjà l’appui de sa famille;

A présent que ses feux ne sont plus que pour moi,

Il voudrait bien qu’un autre eût engagé ma foi,

Afin que, sans espoir dans cette amour nouvelle,

Un nouveau changement le ramenât vers elle.N’avez-vous point pris garde, en vous disant adieu,Qu’il a presque arraché Lysandre de ce lieu?

CHRYSANTE.

Simple! ce qu’il en fait, ce n’est qu’à sa prière;

Et Lysandre tient même à faveur singulière....

HIPPOLYTE.

Je sais que Dorimant est un de ses amis ;

Mais vous voyez d’ailleurs que le ciel a permisQue, pour mieux vous montrer que tout n’est qu’ar-Lysandre me faisait ses offres de service. [tifice,

CHRYSANTE.

Aucun des deux n’est homme à se jouer de nous :Quelque secret mystère est caché là-dessous.

Allons, pour en tirer la vérité plus claire,

Seules dedans ma chambre examiner l’affaire ;

Ici quelque importun pourrait nous aborder.

SCÈNE IX.

HIPPOLYTE, FLORICE.

HIPPOLYTE.

J’aurai bien de la peine à la persuader :

Ah, Florice ! en quel point laisses-tu Célidée ?

FLORICE.

De honte et de dépit tout à fait possédée.

HIPPOLYTE.

Que t’a-t-elle montré ?

FLORICE.

Cent choses à la fois,

Selon que le hasard les mettait sous ses doigts :

Ce n’était qu’un prétexte à faire sa retraite.

HIPPOLYTE.

Elle t’a témoigné d’être fort satisfaite ?

FLORICE.

Sans que je vous amuse en discours superflus,

Son visage suffit pour juger du surplus.

hippolyte regarde Célidée.

Ses pleurs ne se sauraient empêcher de descendre ;

Et j’en aurais pitié, si je n’aimais Lysandre.