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Tome premier.
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MÉDÉE, ACTE II, SCÈNE IV.

Et s’il s’obstine à suivre un injuste courroux,

Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups;Et nos préparatifs contre la ThessalieOnt trop de quoi punir sa flamme et sa folie.

CRÉON.

Nous n’en viendrons pas là : regarde seulementA le payer d’estime et de remercîment.

Je voudrais pour tout autre un peu de raillerie;

Un vieillard amoureux mérite qu’on en rie 1 :

Mais le trône soutient la majesté des roisAu-dessus du mépris, comme au-dessus des lois.

On doit toujours respect au sceptre, à la couronne.Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne ;Je saurai l’apaiser avec facilité,

Si tu ne te défends qu’avec civilité.

SCÈNE IV.

JASON, CREUSE, CLÉONE.

JASON.

Que ne vous dois-je point pour cette préférence,

Où mes désirs n’osaient porter mon espérance!

C’est bien me témoigner un amour infini,

De mépriser un roi pour un pauvre banni !

A toutes ses grandeurs préférer ma misère !i Tourner en ma faveur les volontés d’un père !

! Garantir mes enfants d’un exil rigoureux !

| CREUSE.

[ Qu’a pu faire de moindre un courage amoureux ?

La fortune a montré dedans votre naissance[ Un trait de son envie, ou de son impuissance;

: Elle devait un sceptre au sang dont vous naissez,

Et sans lui vos vertus le méritaient assez.

L’amour, qui n’a pu voir une telle injustice,

Supplée à son défaut, ou punit sa malice,

Et vous donne, au plus fort de vos adversités,

Le sceptre que j’attends, et que vous méritez,i La gloire m’en demeure ; et les races futuresComptant notre hyménée entre vos aventures,Vanteront à jamais mon amour généreux,

Qui d’un si grand héros rompt le sort malheureux.Après tout cependant, riez de ma faiblesse;

Prête de posséder le phénix de la Grèce,

La fleur de nos guerriers, le sang de tant de dieux,

I La robe de Médée a donné dans mes yeux 2 ;

[ Mon caprice, à son lustre attachant mon envie,

[ 2 Ces vers montrent qu’en effet on mêlait alors le comique

;■ au tragique. Ce mauvais goût était établi dans presque toutej l’Europe, comme on le remarque ailleurs. ( V. )i 2 La robe de Médée qui a donné dans les yeux de Creuse, etla description de cette robe, ne seraient pas souffertes aujour-d’hui : et la réponse de lason n’est pas moins petite que la de-f mande. ( V. )

! CORNEILLE. — TOME I.

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Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie;

C’est ce qu’ont prétendu mes desseins relevés,

Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés.

JASON.

Que ce prix est léger pour un si bon office !

Il y faut toutefois employer l’artifice :

Ma jalouse en fureur n’est pas femme à souffrirQue ma main l’en dépouille, afin de vous l’offrir;

Des trésors dont son père épuise la Scythie,

C’est tout ce qu’elle a pris quand elle en est sortie.

CREUSE.

Qu’elle a fait un beau choix! jamais éclat pareilNe sema dans la nuit les clartés du soleil ;

Les perles avec l’or confusément mêlées,

Mille pierres de prix sur ses bords étalées,

D’un mélange divin éblouissent les yeux;

Jamais rien d’approchant ne se fît en ces lieux.

Pour moi, tout aussitôt que je l’en vis parée,

Je ne fis plus d’état de la toison dorée ;

Et, dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux,J’en eus presques envie aussitôt que de vous.

Pour apaiser Médée et réparer sa perte,

L’épargne de mon père, entièrement ouverte,

Lui met à l’abandon tous les trésors du roi,

Pourvu que cette robe et Jason soient à moi.

JASON.

N’en doutez point, ma reine, elle vous est acquise.

Je vais chercher Nérine, et, par son entremise,Obtenir de Médée avec dextéritéCe que refuserait son courage irrité.

Pour elle, vous savez que j’en fuis les approches;J’aurais peine à souffrir l’orgueil de ses reproches ;Et je me connais mal, ou dans notre entretienSon courroux s’allumant allumerait le mien.

Je n’ai point un esprit complaisant à sa rage,

Jusques à supporter sans réplique un outrage ;

Et ce seraient pour moi d’éternels déplaisirsDe reculer par là l’effet de vos désirs.

Mais, sans plus de discours, d’une maison voisineJe vais prendre le temps que sortira Nérine.

Souffrez, pour avancer votre contentement,

Que, malgré mon amour, je vous quitte un moment.

CLÉONE.

Madame, j’aperçois venir le roi d’Athènes.

CREUSE.

Allez donc, votre vue augmenterait ses peines.

CLÉONE.

Souvenez-vous de l’air dont il le faut traiter.

CREUSE.

Ma bouche accortement saura s’en acquitter.

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