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Tome premier.
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L’ILLUSION, ACTE IV, SCÈNE IL

LYSE.

Lui-même :

Jugez après cela comme quoi je vous aime.

ISABELLE.

Eh ! de grâce, où faut-il que je l’aille trouver?

LYSE.

Je n’ai que commencé, c’est à vous d’achever.

ISABELLE.

Ah! Lyse!

LYSE.

Tout de bon, seriez-vous pour le suivre ?

ISABELLE.

Si je suivrais celui sans qui je ne puis vivre?

I.yse, si ton esprit ne le tire des fers,

Je l’accompagnerai jusque dans les enfers.

Va, ne demande plus si je suivrais sa fuite.

LYSE.

Puisqu’à ce beau dessein l’amour vous a réduite,Écoutez où j’en suis, et secondez mes coups ;

Si votre amant n’échappe, il ne tiendra qu’à vous.

La prison est tout proche.

ISABELLE.

Eh bien ?

LYSE.

Ce voisinage

Au frère du concierge a fait voir mon visage ;

Et comme c’est tout un que me voir et m’aimer,

Le pauvre malheureux s’en est laissé charmer.

ISABELLE.

Je n’en avais rien su !

LYSE.

J’en avais tant de honte

Que je mourais de peur qu’on vous en fît le conte ;Mais depuis quatre jours votre amant arrêtéA fait que l’allant voir je l’ai mieux écouté.

Des yeux et du discours flattant son espérance,

D’un mutuel amour j’ai formé l’apparence.

Quand on aime une fois, et qu’on se croit aimé,

On fait tout pour l’objet dont on est enflammé.

Par là j’ai sur son âme assuré mon empire ,

Et l’ai mis en état de ne m’oser dédire.

Quand il n’a plus douté de mon affection,

J’ai fondé mes refus sur sa condition ;

Et lui, pour m’obliger, jurait de s’y déplaire,

Mais que malaisément il s’en pouvait défaire;

Que les clefs des prisons qu’il gardait aujourd’huiÉtaient le plus grand bien de son frère et de lui.

Moi de dire soudain que sa bonne fortuneNe lui pouvait offrir d’heure plus opportune ;

Que, pour se faire riche , et pour me posséder,

Il n’avait seulement qu’à s’en accommoder;

Qu’il tenait dans les fers un seigneur de BretagneDéguisé sous le nom du sieur de la Montagne ;

Qu’il fallait le sauver, et le suivre chez lui ;

CORNEILLE. — TOME I.

Qu’il nous ferait du bien, et serait notre appui.Il demeure étonné; je le presse, il s’excuse;

Il me parle d’amour, et moi je le refuse ;

Je le quitte en colère ; il me suit tout confus,Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus.

ISABELLE.

Mais enfin ?

LYSE.

J’y retourne, et le trouve fort triste ;Je le juge ébranlé ; je l’attaque, il résiste.

Ce matin : « En un mot, le péril est pressant, »Ai-je dit; « tu peux tout, et ton frère est absent. »« Mais il faut de l’argent pour un si long voyage, »M’a-t-il dit ; « il en faut pour faire l’équipage ;

« Ce cavalier en manque. »

ISABELLE.

Ah , Lyse! tu devais

Lui faire offre aussitôt de tout ce que j’avais,Perles, bagues, habits.

LYSE.

J’ai bien fait davantage,

J’ai dit qu’à vos beautés ce captif rend hommage,Que vous l’aimez de même, et fuirez avec nous.Ce mot me l’a rendu si traitable et si doux,

Que j’ai bien reconnu qu’un peu de jalousieTouchant votre Clindor brouillait sa fantaisie,Et que tous ces détours provenaient seulementD’une vaine frayeur qu’il ne fût mon amant.

Il est parti soudain après votre amour sue,

A trouvé tout aisé, m’en a promis l’issue,

Et vous mande par moi qu’environ à minuitVous soyez toute prête à déloger sans bruit.

ISABELLE.

Que tu me rends heureuse !

LYSE.

Ajoutez-y, de grâce,

Qu’accepter un mari pour qui je suis de glace,C’est me sacrifier à vos contentements.

ISABELLE.

Aussi...

LYSE.

Je ne veux point de vos remercîments.Allez ployer bagage ; et pour grossir la somme,Joignez à vos bijoux les écus du bon homme.

Je vous rends ses trésors, mais à fort bon marché ;J’ai dérobé ses clefs depuis qu’il est couché ;

Je vous les livre.

ISABELLE.

Allons y travailler ensemble.

LYSE.

Passez-vous de mon aide.

. ISABELLE.

Eh quoi ! le cœur te tremble ?

LYSE.

Non, mais c’est un secret tout propre à l’éveiller;

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