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POLYEUCTE, ACTE III, SCÈNE V.
PAULINE.
Mon père....
SCÈNE IV.
FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE.
FÉLIX.
Albin, en est-ce fait?
ALBIN.
Oui, seigneur; et Néarque a payé son forfait.
FÉLIX.
Et notre Polyeucte a vu trancher sa vie?
ALBIN.
Il l’a vu, mais, hélas ! avec un œil d’envie.
Il brûle de le suivre, au lieu de reculer ;
Et son cœur s’affermit, au lieu de s’ébranler.
PAULINE.
Je vous le disais bien. Encore un coup, mon père,
Si jamais mon respect a pu vous satisfaire,
Si vous l’avez prisé, si vous l’avez chéri....
FÉLIX.
Vous aimez trop, Pauline, un indigne mari.
PAULINE.
Je l’ai de votre main : mon amour est sans crime 1 ;
11 est de votre choix la glorieuse estime ;
Et j’ai, pour l’accepter, éteint le plus beau feuQui d’une âme bien née ait mérité l’aveu.
Au nom de cette aveugle et prompte obéissanceQue j’ai toujours rendue aux lois de la naissance,
Si vous avez pu tout sur moi, sur mon amour,
Que je puisse sur vous quelque chose à mon tour !
Par ce juste pouvoir à présent trop à craindre,
Par ces beaux sentiments qu’il m’a fallu contraindre,Ne m’ôtez pas vos dons ; ils sont chers à mes yeux %Et m’ont assez coûté pour m’être précieux.
félix. [dre,
Vous m’importunez trop : bien que j’aie un cœurten-Je n’aime la pitié qu’au prix que j’en veux prendre 3 ;Employez mieux l’effort de vos justes douleurs ;
1 On est toujours un peu étonné que Pauline prononce le motd’amour en parlant de son mari, elle qui a avoué à ce mariqu’elle en aimait un autre; mais Je l’ai de votre main est ad-mirable. Dans le vers qui suit, la glorieuse estime de votrechoix est un barbarisme. (V.)
2 II ne parait guère convenable que Pauline demande la grâcede son mari au nom de l’amour qu’elle a eu pour un autre queson mari. (V. ) — Ce n’est pas au nom de l’amour qu’elle a eupour Sévère avant qu’elle connut ou qu’elle pût connaître Po-iyeucte; c’est
Au nom (le cette aveugle et prompte obéissance
qui l’a toujours soumise aux volontés de son père ; c’est au nomdu sacrilice qu’elle a fait à son devoir. (P.)
3 Que veut dire aimer la pitié au prix qu’on en veut pren-dre ? qu’est-ce que ce prix ? Cette phrase était autrefois triviale,et jamais noble ni exacte. (V.)
Malgré moi m’en toucher, c’est perdre et temps et pleurs ;J’en veux être le maître, et je veux bien qu’on sacheQue je la désavoue alors qu’on me l’arrache.Préparez-vous à voir ce malheureux chrétien,
Et faites votre effort quand j’aurai fait le mien.
Allez ; n’irritez plus un père qui vous aime,
Et tâchez d’obtenir votre époux de lui-même.
Tantôt jusqu’en ce lieu je le ferai venir :
Cependant quittez-nous, je veux l’entretenir.
PAULINE.
De grâce, permettez....
FÉLIX.
Laissez-nous seuls, vous dis-je;Votre douleur m’offense autant qu’elle m’afflige.
A gagner Polyeucte appliquez tous vos soins;
Vous avancerez plus en m’importunant moins.
SCÈNE V.
FÉLIX, ALBIN.
FELIX.
Albin, comme est-il mort 1 ?
ALBIN.
En brutal 2 , en impie,
En bravant les tourments, en dédaignant la vie,Sans regret, sans murmure, et sans étonnement,Dans l’obstination et l’endurcissement,
Comme un chrétien enfin, le blasphème à la bouche.
FÉLIX.
Et l’autre?
ALBIN.
Je l’ai dit déjà, rien ne le touche,
Loin d’en être abattu , son’cœur en est plus haut;On l’a violenté pour quitter l’échafaud :
Il est dans la prison où je l’ai vu conduire ;
Mais vous êtes bien loin encor de le réduire.
FÉLIX.
Que je suis malheureux !
ALBIN.
Tout le monde vous plaint.
FÉLIX.
On ne sait pas les maux dont mon cœur est atteint ;De pensers sur pensers mon âme est agitée,
De soucis sur soucis elle est inquiétée 1 ;
Je sens l’amour, la haine, et la crainte, et l’espoir,Lajoie et la douleur tour à tour l’émouvoir 4 ;J’entre en des sentiments qui ne sont pas croyables ;J’en ai de violents, j’en ai de pitoyables ;
1 II faut comment. (V.)
2 Mauvaise expression. (V.)
3 II n’y a pas là d’élégance, mais il y a de la vivacité de sen-timent. (V.)
4 Lajoie : ce mot ne découvre-t-il pas trop la bassesse de Fé-lix? Quel moment pour sentir de la joie ! ( V. )