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Tome premier.
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THÉODORE, ACTE II, SCÈNE III.

Cède honteusement à l’éclat des grandeurs.

Si cette fermeté dont elle est ennoblie

Par quelques traits d’amour pouvait être affaiblie,

Mon cœur, plus incapable encor de vanité,

Ne ferait point de choix que dans l’égalité;

Et rendant aux grandeurs un respect légitime,J’honorerais Placide, et j’aimerais Didyme.

CLÉOBULE.

Didyme, que sur tous vous semblez dédaigner !

THÉODOBE.

Didyme, que sur tous je tâche d’éloigner,

Et qui verrait bientôt sa flamme couronnéeSi mon âme à mes sens était abandonnée,

Et se laissait conduire à ces impressionsQue forment en naissant les belles passions.

Comme cet avantage est digne qu’on le craigne,

Plus je penche à l’aimer, et plus je le dédaigne ;

Et m’arme d’autant plus, que mon cœur en secretVoudrait s’en laisser vaincre, et combat à regret.

Je me fais tant d’effort lorsque je le méprise,

Que par mes propres sens je crains d’être surprise ;J’en crains une révolte, et que, las d’obéir,

Comme je les trahis, ils ne m’osent trahir.

Voilà, pour vous montrer mon âme toute nue,

Ce qui m’a fait bannir Didyme de ma vue :

Je crains d’en recevoir quelque coup d’œil fatal,

Et chasse un ennemi dont je me défends mal.

Voilà quelle je suis , et quelle je veux être ;

La raison quelque jour s’en fera mieux connaître :Nonnnez-la cependant vertu , caprice, orgueil,

Ce dessein me suivra jusque dans le cercueil.

CLÉOBULE.

II peut vous y pousser, si vous n’y prenez garde.

D’un œil envenimé Marcelle vous regarde ;

Et se prenant à vous du mauvais traitementQue sa fille à ses yeux reçoit de votre amant,

Sa jalouse fureur ne peut être assouvieA moins de votre sang, à moins de votre vie :

Ce n’est plus en secret que frémit son courroux,

Elle en parle tout haut, elle s’en vante à nous,

Elle en jure les dieux ; et ce que j’appréhende,

Pour ce triste sujet sans doute elle vous mande.

Dans un péril si grand faites un protecteur.

THÉODORE.

Si je suis en péril, Placide en est l’auteur ;

L’amour qu’il a pour moi lui seul m’y précipite ;

C’est par là qu’on me hait, c’est par là qu’on s’irrite.On n’en veut qu’à sa flamme, on n’en veut qu’à son choix ;C’est oontre lui qu’on arme ou la force ou les lois.Tous les vœux qu’il m’adresse avancent ma ruine,

Et par une autre main c’est lui qui m’assassine.

Je sais quel est mon crime, et je ne doute pasDu prétexte qu’aura l’arrêt de mon trépas ; [cuse,

Je l’attends sans frayeur : mais, de quoi qu’on m’ac-

S’il portait à Flavie un cœur que je refuse,

Qui veut finir mes jours les voudrait protéger,

Et par ce changement il ferait tout changer.

Mais mon péril le flatte ; et son cœur en espèreCe que jusqu’à présent tous ses soins n’ont pu faire ;

Il attend que du mien j’achète son appui :

J’en trouverai peut-être un plus puissant que lui ;

Et s’il me faut périr, dites-lui qu’avec joieJe cours à cette mort où son amour m’envoie,

Et que, par un exemple assez rare à nommer,

Je périrai pour lui, si je ne puis l’aimer.

CLÉOBULE.

Ne vous pas mieux servir d’un amour si fidèle,C’est...

THÉODORE.

Quittons ce discours, je vois venir Marcelle ’.

SCÈNE III.

MARCELLE, THÉODORE, CLÉOBULE,STÉPHANIE.

Marcelle , à Clêobule.

Quoi ! toujours l’un ou l’autre est par vous obsédé ?Qui vous amène ici ? vous avais-je mandé ?

Et ne pourrai-je voir Théodore ou Placide,

Sans que vous leur serviez d’interprète ou de guide?Cette assiduité marque un zèle imprudent;

Et ce n’est pas agir en adroit confident.

CLÉOBULE.

Je crois qu’on me doit voir d’une âme indifférenteAccompagner ici Placide et ma parente.

Je fais ma cour à l’un à cause de son rang,

Et rends à l’autre un soin où m’oblige le sang.

MARCELLE.

Vous êtes bon parent.

CLÉOBULE.

Elle m’oblige à l’être.

MARCELLE.

Votre humeur généreuse aime à le reconnaître ;

E^ sensible aux faveurs que vous en recevez,

Vous rendez à tous deux ce que vous leur devez.

Un si rare service aura sa récompense'

Plus grande qu’on n’estime et plus tôt qu’on ne pense.Cependant quittez-nous, que je puisse à mon tourServir de confidente à cet illustre amour.

1 Rien n’est plus froid et plus déplacé dans le tragique queces scènes dans lesquelles un confident parle à une femme enfaveur de l’amour d’un autre ; c’est ce qu’on a tant reproché àRacine dans son Alexandre, où Éphestion parait en fidèle con-fident du beau feu de son maître. Rien n’a plus avili notrethéâtre, et ne l’a rendu plus ridicule aux yeux des étrangers,que ces scènes d’ambassadeurs d’amour ; heureusement il y ena peu dans Corneille. (V.)